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Shame Movement

9 décembre 2020

Pour un changement démocratique en Géorgie

Né des contestations pacifiques qui ont fait trembler la ville de Tbilisi en juin 2019, le Shame Movement, dirigé par une société civile, se bat pour la démocratie et le changement social.

Le Shame Movement a vu le jour au cours de l’été 2019, une période très agitée au cours de laquelle les Géorgiens avaient occupé la rue pendant trois mois, à l’origine pour dénoncer la venue d’un député russe au Parlement géorgien (la Russie occupe les territoires géorgiens d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud depuis 2008), puis en réaction aux violences policières qui eurent lieu lors des premières manifestations.

Au cours de l’année écoulée, le Shame Movement s’est imposé comme un collectif composé de représentants de la société civile libérale pro-européenne bien décidés à exercer des pressions en faveur de changements positifs en Géorgie. Le groupe a été très actif et impliqué lors des élections législatives qui se sont tenues le 31 octobre 2020.

Le mouvement se disait particulièrement préoccupé par les risques de fraudes électorales de la part du parti Rêve géorgien au pouvoir depuis 2012. Le premier tour des élections a été entaché d’allégations de fraudes et lorsque le parti Rêve géorgien a recueilli 48 % des votes, le mouvement et l’opposition ont refusé de reconnaître la légitimité des élections.

Avec d’autres organisations de la société civile, y compris les partenaires du FEDEM que sont le Democracy Research Institute et le Governance Monitoring Centre, le Shame Movement a signé un appel exigeant un nouveau comptage des suffrages.

« Nous étions également très inquiets face à la montée des agressions contre les membres de l’opposition et au contrôle accru exercé par le parti Rêve géorgien sur les principales chaînes de télévision », explique Giorgi Mjavanadze, co-fondateur du mouvement lors d'un entretien avec le FEDEM. Giorgi en profite pour faire remarquer que le parti au pouvoir serait en lien avec des pages Facebook gérées par des groupes d’extrême droite dont le rôle n’est autre que diffuser de la désinformation et des fake news.

Il convient de signaler que bien que le B.I.D.D.H,, organe chargé de la promotion des droits de l’homme au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ait qualifié ces élections de justes et ouvertes à la concurrence, il a également évoqué de nombreuses allégations de pressions exercées sur les électeurs et des « lignes floues entre le parti et l’État » pendant les campagnes électorales, entamant la confiance du public dans le processus démocratique.

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Contester les résultats électoraux

Face aux manifestations organisées par l’opposition la semaine suivant les élections, la police anti-émeute a été déployée, équipée de canons à eau.

Le Shame Movement a également organisé une manifestation, bravant le couvre-feu imposé par le gouvernement le 9 novembre, afin de dénoncer les méthodes du parti Rêve géorgien, soupçonné de profiter de la Covid-19 pour entraver la liberté de rassemblement. Trois membres du Shame Movement, dont Giorgi, furent interpelés ce jour-là et condamnés à trois jours de prison. Il accuse la police de l’avoir physiquement et verbalement agressé. Selon un autre militant, Giorgi présentait plusieurs hématomes sur le corps à sa libération.

Comme le dit Mariam Bajelidze, épouse de Giorgi et co-fondatrice du Shame Movement, son arrestation a été très éprouvante pour lui. Elle souligne que le mouvement n’encourage pas les manifestations violentes et préconise le changement pacifique. « Nous ne voulons surtout pas d'une autre révolution. Nous ne voulons pas voir nos concitoyens mourir dans la rue », insiste-t-elle.

Deux autres membres du Shame Movement ont été blessés durant les manifestations, dont une militante blessée à la main lorsque la portière d’une voiture de police s’est refermée sur elle alors qu’elle tentait d’aider un ami qui se faisait appréhender par les forces de l’ordre.

L’opposition a alors décidé de boycotter le second tour des élections du 21 novembre, qui s’est soldé par un faible taux de participation, atteignant péniblement les 26 %.

Après le second tour, les revendications du mouvement ont changé. Il ne réclame plus un nouveau décompte des voix mais la tenue d’élections anticipées, qui serait pour lui l’unique solution pour une sortie de crise. Tout le monde est bien conscient que ce ne sera pas facile. « Le gouvernement ne veux pas organiser des élections anticipées avec la venue d’observateurs internationaux, car il sait qu’il les perdrait », explique Mariam.

Un pays au bord de la crise économique

La pandémie de Covid-19 n’arrange rien à la situation. La Géorgie a instauré un deuxième confinement strict fin novembre, alors que le nombre de nouveaux cas quotidien était de 4 780. Le Shame Movement s’est donc vu contraint de mettre fin aux manifestations dans la rue, à un moment où la gronde générale contre le gouvernement s’intensifiait.

La population géorgienne est gravement touchée par la crise économique. Un grand nombre de petites entreprises ont déposé le bilan et le gouvernement reste sourd à la colère des vendeurs de rue touchés par l’interdiction d’exercer leur activité, arguant qu’ils peuvent commercialiser leurs produits en ligne, une solution qui n’était viable ni sur le plan économique, ni sur le plan pratique. Les salaires restent bas, situés en moyenne à 300 EUR par mois. L’aide gouvernementale est dérisoire. Pour faire face à la précarité accrue au sein de la population, les membres du Shame Movement ont mis en place un programme de distribution alimentaire pour les personnes dans le besoin de Tbilisi.

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Accroître la participation électorale grâce à des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux

Le Shame Movement peut se targuer d’avoir gagné de belles batailles au cours de l’année passée. Malgré le contexte actuel, la tenue des élections était déjà en soit une réussite pour le mouvement. Elles étaient les premières à être organisées dans le cadre du nouveau système électoral presque entièrement proportionnel, l’une des principales revendications des manifestants l’an dernier.

« Avec ce nouveau système, il est quasiment impossible pour un parti d’obtenir la majorité nécessaire pour modifier la constitution. Cela les obligera à coopérer et augmente les chances d’aboutir à un gouvernement de coalition en Géorgie pour la première fois depuis l’indépendance », déclare Giorgi.

Le Shame Movement était bien décidé à tirer parti de l’engouement suscité par les manifestations de l’année dernière et d’encourager la population à s’impliquer dans la vie politique et citoyenne. Le mouvement a surtout souhaité motiver les jeunes qui traditionnellement se détournent de la politique mais qui s’étaient fortement mobilisés lors des dernières manifestations. Ces jeunes étaient la principale cible de la campagne de sensibilisation Get Out the Vote lancée par le mouvement dans la période pré-électorale.

« Les jeunes pensent que leur avis ne compte pas et nous avons voulu leur prouver le contraire en nous adressant à eux dans un style de communication qu’ils comprennent et auquel ils sont sensibles », raconte Mariam. La campagne s’est déroulée sous forme de vidéos publiées sur les réseaux sociaux et ciblait les 18-35 ans. Ces vidéos ont été visionnées par 1 200 000 jeunes, à la fois dans les régions et à Tbilisi, où l’activité politique est plus soutenue.

La campagne a eu de formidables retombées. Le premier tour des élections a enregistré un taux de participation de 56 %, soit une hausse de cinq points par rapport aux élections de 2016, malgré les contraintes liées à la pandémie. Il est également ressorti d’une récente étude que le nombre de Géorgiens estimant que la participation citoyenne à la vie publique est importante a augmenté, passant de 28 à 40 % en seulement une année.

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L’avenir pour le Shame Movement

Compte tenu de la situation politique actuelle, il est difficile pour le Shame Movement de se projeter à long terme. Le financement accordé par le FEDEM lui permet de poursuivre son activité de surveillance de la réforme du système judiciaire et de produire des vidéos pédagogiques expliquant les tenants et les aboutissants de cette nécessaire réforme et ses répercussions sur le climat d’investissement dans le pays.

D’aucun ne peut écarter la possibilité de voir des membres se lancer en politique. « Il n’est pas exclu que nous devenions un mouvement politique. Mais nous n’avons pas encore décidé s’il serait judicieux de franchir le pas ou de rester une force vive de la société civile », conclut Giorgi.

 

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