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Sarajevski Ratni Teatar

19 octobre 2020

Mettre le théâtre au service du passé, du présent et du futur des jeunes en Bosnie-Herzégovine

Depuis le siège de Sarajevo à la pandémie de Covid-19, le théâtre Sarajevski Ratni Teatar (SARTR) travaille avec les jeunes pour leur donner espoir et les faire réfléchir sur les droits de l’homme, les libertés et la mémoire du passé.

Depuis sa création en mai 1992, deux mois à peine après le début de la guerre en Bosnie-Herzégovine, Sarajevski Ratni Teatar (Théâtre de la guerre de Sarajevo) est une lueur d’espoir dans les moments les plus sombres. Pendant les quatre années qu’a duré le siège de Sarajevo, le plus long blocus jamais connu par une capitale de notre histoire moderne, le théâtre est resté une petite oasis de normalité qui n’a jamais interrompu sa programmation.

Vingt-quatre ans après la fin de la guerre, le Sarajevski Ratni Teatar continue de distiller de l’espoir aux jeunes de Bosnie-Herzégovine, cette fois dans le contexte de crise de la Covid-19. Pour son dernier projet en date, financé par le FEDEM, la compagnie travaille avec un groupe de jeunes afin de les amener à réfléchir sur ce que la liberté représente pour eux.

« D’une certaine manière, la pandémie de coronavirus est le moment idéal pour méditer sur la liberté », clame Ishak Jalimam, producteur au SARTR. « Les restrictions, la police dans les rues, le couvre-feu à partir de 20h00, pour la première fois de leur vie, ces adolescents qui n’ont pas connu la guerre, font l’expérience de ce qu’est la privation des libertés. »

Avec les mesures de distanciation sociale, les participants continuent de mener ce projet à distance, enregistrant de courtes vidéos qui seront, à terme, rassemblées pour former un spectacle de théâtre.

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Approche critique de la liberté, de la guerre et du passé

L’idée d’avoir recours à la vidéo est née de la volonté de donner aux jeunes un outil leur permettant d’aborder le passé. Le traumatisme de la guerre reste très douloureux en Bosnie-Herzégovine et il est quasiment impossible d’évoquer les droits de l'homme et les libertés individuelles sans faire référence à ce tragique épisode.

« Ces jeunes de dix-huit ans n’ont pas personnellement connu ce traumatisme », explique Ishak. « Nous voulons les amener à parler de leur vie personnelle et de leurs expériences, pas du passé de tout le pays. »

« Nous ne rechignons pas à parler de la guerre, mais nous ne voulons pas imposer ce sujet à nos participants », poursuit Emina Adilovic, animatrice du projet.

« Le sujet de la guerre sera inévitablement abordé à un moment ou un autre », admet Ishak, « mais nous voulons qu’il s’invite naturellement, sans être imposé. » Les jeunes sont encouragés à faire l’expérience de ce qui pour la plupart est un degré de liberté sans précédent. Ils sont libres de faire leurs propres recherches sur la liberté et la guerre, libres de consulter les statistiques officielles, libres d’interroger leurs proches, leurs voisins et la communauté pour recueillir des témoignages du passé.

La liberté, toutefois, s’accompagne de risques, le plus gros étant d’être pris dans la guerre de la désinformation.

Les fake news, tant sur la guerre que sur la Covid-19, prolifèrent en Bosnie-Herzégovine, rendant la tâche du SARTR d’autant plus délicate. « Nous essayons d’encadrer ces jeunes tout en leur laissant la liberté de décider », explique Emina. « Le but n’est pas de leur apporter des réponses mais de leur apprendre à porter un regard critique. »

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Aborder le passé sous l’angle du psychodrame

La deuxième phase du projet, une fois que les vidéos auront été réalisées, consistera à monter des pièces de théâtre avec les participants. Le SARTR a déjà mené des atelier dans cinq villes sous la direction de Tomi Janežič, metteur en scène et psychothérapeute spécialisé en psychodrame.

Le SARTR s’attache également à travailler dans différentes villes du pays, où les jeunes ont moins d’opportunités que dans la capitale. Grâce à des contacts pris lors de festivals de théâtre les années précédentes, la compagnie s’est constitué un réseau étendu d’écoles et d’élèves.

La Covid-19 a partiellement entravé les projets du théâtre. Les activités publiques de plus de 50 participants étant interdites, le SARTR travaille en petits groupes. Il a déjà pris les mesures nécessaires pour travailler à distance, organisant des ateliers en ligne si besoin est, et il est prêt à repousser les spectacles jusqu’à la fin de l’année.

Mais une chose est sûre, le théâtre entend continuer, tout comme il l’avait fait pendant la guerre.

« Avec la pandémie, les jeunes n’ont pas grand-chose à faire », déclare Emina. « Alors, il est important qu’ils restent actifs et qu’ils réfléchissent aux réseaux sociaux, à la liberté et au partage de l’information. »

Pour ce projet, le SARTR a souhaité amener les jeunes à se pencher sur leur vie interne, d’où le choix de la méthode du psychodrame, qui explore la psyché et les conflits internes des acteurs à travers une série de techniques théâtrales, comme le jeu de rôle.

« C’est un théâtre pour les acteurs, plus que pour le public », précise Ishak. « Ce qui compte réellement, c’est le processus et non le résultat. Les acteurs dans ce projet ne sont pas vraiment acteurs, ils n’ont pas forcément d’expérience théâtrale mais ça fonctionne parce qu’ils ne récitent pas le texte d’un auteur. Ils travaillent avec leurs propres pensées et expériences et les mettent en scène. Ils ne jouent pas un rôle, ils créent le spectacle. »

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L’après-Covid-19

Pour le SARTR, le théâtre est un moyen pour ces jeunes de se pencher sur eux-mêmes et sur leur vie et d’y réfléchir comme ils ne l’ont jamais fait auparavant.

Au-delà de la pandémie de coronavirus, le SARTR pense déjà à la suite des événements. Il souhaite organiser une tournée dans le pays afin de présenter le résultat final de ce projet, et ce dès que les déplacements seront à nouveau permis. La compagnie veut organiser des tables rondes et séminaires avec les enseignants afin de leur expliquer sa démarque et son approche du théâtre qui ne consiste pas seulement à apprendre des répliques mais à suivre un processus, un cheminement.

Elle est prête à travailler à distance, si nécessaire, mais le but est d’amener les jeunes à réfléchir aux droits de l'homme et aux libertés dans leur vie de tous les jours. « Ce travail ne sera jamais achevé. Il y aura toujours des gens pour y participer », conclut Ishak. « C’est comme un livre qu’on adore et auquel on veut continuer d’ajouter des lignes pour n’avoir jamais à le refermer. »

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