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Al Mar’ah

25 novembre 2021

Pour l’émancipation des femmes marocaines vivant dans des régions isolées

Depuis 2004, l’association Al Mar’ah pour le développement et la solidarité promeut les droits des femmes dans la province rurale d’Al Hoceima.

Quand cinq jeunes femmes originaires de la province d’Al Hoceima, sur la côte septentrionale du Maroc, finissent leurs études en 2004, fraîchement diplômées, leurs perspectives d’avenir sont plus qu’incertaines. Peu d’opportunités sont offertes aux femmes dans cette région rurale et traditionnelle, par ailleurs très touchée par le chômage. Ces jeunes femmes décident alors de se créer elles-mêmes leurs opportunités en fondant l’association Al Mar’ah pour le développement et la solidarité qui promeut l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes dans la province d’Al Hoceima.

La première action menée par l’association était tournée vers les services de santé mentale adressés aux femmes, encore traumatisées par un récent séisme qui avait sévi dans la région. La fine équipe a ensuite élargi ses domaines d’intervention avec des initiatives plus variées, notamment la lutte contre l’illettrisme, la sensibilisation des femmes à leurs droits et la création d’opportunités de télétravail.

« Nous ne pouvons qu’être reconnaissantes à ces cinq femmes qui ont travaillé dur pour convaincre nos concitoyens que les femmes avaient leur place dans la société d’Al Hoceima, et qui ont ouvert une voie à bon nombre d’entre nous », vante la présidente d’Al Mar’ah, Hanan El Fakiri, lors d'un entretien avec le FEDEM. Hanan fait partie de l’organisation depuis dix ans, à l’origine en tant que bénévole avant de devenir membre du personnel.

Les premières années, la démarche d’Al Mar’ah était axée sur l’apprentissage de compétences, comme la lecture, l’écriture et la couture, que les femmes pouvaient mettre à profit pour travailler depuis chez elle, L’association formait également les femmes à la création de leur propre entreprise et assurait un service de soutien pour des problèmes de santé mentale et de planning familial.

En 2010, Al Mar’ah diversifiait ses actions pour inclure un service d’aide juridique et un travail de sensibilisation dans le but de faire entendre la voix des femmes dans la région. Aujourd’hui, l’organisation échange régulièrement avec le gouvernement pour le sensibiliser à la santé des femmes et à leurs droits en matière de procréation. Elle est souvent invitée à intervenir dans les écoles locales pour mener des campagnes contre le harcèlement.

Grâce à l’aide du FEDEM, Al Mar’ah va pouvoir lancer le Comité pour l’égalité, créé par les autorités locales dans le but de promouvoir l’égalité entre les sexes dans une région où la participation des femmes est très basse.

Al Marah 2

Frapper à toutes les portes

Hanan reconnaît qu’il n’a pas été facile de gagner la confiance et le respect à la fois des autorités nationales et de la population locale.

« Nous sommes allées dans les villages de montagne les plus reculés pour parler aux femmes », se remémore-t-elle, « même si au début, c’était plutôt aux hommes que nous avions affaire. Ce sont les maris que nous devions convaincre de nous laisser entrer afin de pouvoir parler avec leur épouse et leurs enfants. »

Ce travail a fini par porter ses fruits et plus l'importance du travail d’Al Mar’ah s’imposait à la population locale comme une évidence, plus il était facile pour l’organisation de franchir les portes. Petit à petit, les femmes des villages ont commencé à contacter l’association pour des questions liées aux soins de santé, les structures médicales étant rares dans les zones rurales. L’équipe accompagnait les femmes à leurs rendez-vous médicaux et les conseillait sur la manière de prendre leur traitement et les points de vente dans les grandes villes voisines.

Les femmes qu’a accompagnées Al Mar’ah à ses débuts ont depuis fondé leur propre organisation, transmettant ces mêmes compétences à la nouvelle génération. « Il nous aura fallu des années et bien des efforts, mais aujourd'hui, on peut affirmer que les femmes jouent un rôle plus actif dans la société dans la province d’Al Hoceima », se réjouit Hanan.

Al Mar’ah est l’une des rares organisations de la société civile à intervenir dans ces régions reculées, dont les habitants n’ont, pour la plupart, jamais rencontré d’ONG.

« Ces gens mènent une existence loin de tout. Certains de leurs besoins essentiels ne sont pas satisfaits mais ils n’en ont pas forcément conscience », déplore Hanan.

Al Marah 5

Droits des femmes mis à mal par la pandémie

La pandémie de COVID-19 a eu un énorme impact, faisant reculer considérablement les opportunités pour les femmes marocaines. « Après tous nos efforts pour faire sortir les femmes du carcan domestique et les faire entrer dans la vie publique, tout le monde a dû se cloîtrer chez soi », regrette Hanan.

Face à l’atmosphère délétère, à la panique générale et aux informations contradictoires sur le virus diffusées par les autorités, Al Mar’ah savait qu’elle devait venir en aide à la communauté en cette période de crise. En collaboration avec d’autres organisations locales, l’association a lancé un projet destiné à apprendre aux femmes à confectionner des masques en tissu qu’elles pourraient ensuite vendre afin d’avoir une source de revenus en cette période difficile.

Comme d’autres organisations au Maroc, Al Mar’ah ne pouvait organiser des réunions publiques, devant se contenter de lieux privés de très petite taille, obligeant l’association à interrompre momentanément ses activités. Hanan se rappelle que plusieurs membres de l’équipe ont attrapé la COVID-19 malgré la distanciation sociale et le respect des gestes barrières.

Les aides nationales et internationales ont été considérablement amputées pendant la pandémie et les programmes d’aide gouvernementaux n’étaient pas vraiment destinés aux organisations de la société civile et de défense des droits des femmes. Dans ce contexte, l’aide versée par le FEDEM a été vitale pour Al Mar’ah, reconnaît Hanan, et lui a permis de maintenir ses activités.

Le manque de financement et l’indépendance financière qui en découle est un véritable obstacle pour la société civile marocaine. Comme Hanan le fait remarquer, les organisations doivent sans cesse adapter leurs activités au financement disponible, ce qui entrave leur pérennité.

Mais avec dix-sept années à son actif, Al Mar’ah a appris à travailler dans des conditions incertaines. « Tant que nous ne sommes pas touchées par le virus, qui a déjà grandement perturbé notre travail, tout ira bien », conclut Hanan.

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