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Tinatin Maghedani et Gavigudet

8 novembre 2021

Pour un air plus propre à Roustavi

Le groupe militant écologiste Gavigudet se bat contre la pollution à Roustavi, centre industriel de la Géorgie.

Pendant plus de 20 ans, Tinatin Maghedani a vécu dans sa ville natale de Roustavi sans savoir que celle-ci était l’une des villes les plus polluées de Géorgie. Située à 45 minutes de route de la capitale, Tbilisi, Roustavi est un centre industriel né à l’ère soviétique qui compte aujourd’hui une cinquantaine d’usines. Établies en périphérie de la ville, la plupart d’entre elles ne sont pas conformes aux normes environnementales.

De par leur emplacement relativement éloigné, il est facile pour ces usines de se faire oublier. Ce n’est qu’en 2019 que Tinatin les a vues pour la première fois, après être « tombée » fortuitement sur un billet publié sur Facebook par l’organisation de défense de l’environnement Gavigudet (qui signifie « Nous suffoquons » en géorgien), faisant l’inventaire des émissions polluantes rejetées par ces usines.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, Tinatin dirige Gavigudet après avoir quitté un emploi bien payé afin de se consacrer pleinement au militantisme environnemental.

« Il est difficile d’évaluer la gravité d’une situation sans la voir de ses propres yeux », déclare Tinatin lors d’un entretien avec le FEDEM. « C’est pourquoi nous emmenons désormais les habitants de Roustavi visiter le centre industriel, afin qu’ils puissent prendre conscience de l’ampleur du problème. La plupart travaillent et étudient à Tbilisi, et ne rentrent chez eux, à Roustavi, que pour dormir. Ils peuvent donc parfaitement passer à côté des problèmes qui touchent leur ville, comme je l’ai fait moi-même pendant si longtemps. »

Gavigudet contrôle régulièrement la qualité de l’air à Roustavi et les résultats sont sans appel. La qualité de l’air est qualifiée « mauvaise » ou « très mauvaise » environ 281 jours par an.

Le groupe publie régulièrement ces données sur les réseaux sociaux, assorties de vidéos et de photos d’usines afin de sensibiliser la population locale à cette situation. La stratégie semble porter ses fruits. « Lors d’un sondage pré-électoral, la majorité des habitants de Roustavi ont cité la pollution parmi les trois problèmes au centre de leurs préoccupations », affirme Tinatin.

Travailler avec les autorités locales et nationales

Gavigudet fait également pression sur l’administration locale et sur le gouvernement pour introduire des changements législatifs. L’équipe a contribué à la rédaction et à l’élaboration du plan d’action 2020-2022 en faveur de l’amélioration de la qualité de l’air de la ville de Roustavi, afin de veiller à la prise en compte des attentes de la population dans le plan. Grâce au financement du FEDEM, le groupe surveille aujourd’hui la mise en œuvre du plan par les instances locales et nationales.

L’équipe de Gavigudet a férocement défendu une nouvelle loi sur la responsabilité environnementale, ainsi que d’autres modifications législatives relatives à la pollution introduites par le Parlement et récemment approuvées. Ces changements prévoient des amendes beaucoup plus sévères pour pollution environnementale. En effet, elles étaient jusque-là tellement dérisoires que les entreprises préféraient les payer plutôt que de mettre leurs installations obsolètes aux normes.

 

La loi permet également à l’agence de surveillance environnementale de suspendre les opérations des usines polluantes sans attendre de décisions de justice qui peuvent prendre des mois, voire des années. Enfin, la loi oblige 24 usines de Roustavi à installer dans leurs cheminées des mécanismes de surveillance spécialisés destinés à signaler automatiquement les niveaux d’émission dangereux aux autorités pertinentes.

Tinatin reconnaît que cette loi est le résultat d’un processus long et difficile. Le Parlement avait bien tenté de retarder le plus possible l’adoption de cette loi en reportant à trois reprises les auditions, mais Gavigudet a tenu bon, maintenu la pression et exigé des délais clairs pour l’adoption de la loi. Cela n’aurait jamais abouti sans la persévérance et la ténacité du groupe.

Tinatin souligne que Gavigudet a toujours été disposé à coopérer avec les autorités pour remédier aux problèmes environnementaux à Roustavi.

« Nous ne nous contentons pas de manifester. Nous voulons proposer des solutions concrètes qui répondent aux besoins des habitants de Roustavi. Et dans le même temps, nous devons mettre l’administration face à ses responsabilités et l’amener à rendre des comptes quand elle ne fait pas son travail », regrette Tinatin.

Gagner la confiance des habitants de Roustavi

Tinatin reconnaît l’existence d’un équilibre fragile entre la nécessité d’améliorer la qualité de l’air et le statut d’employeur de ces usines pour de nombreux habitants de Roustavi.

« Nous n’avons jamais demandé leur fermeture », insiste Tinatin. « La Géorgie est un pays pauvre et chaque emploi compte. Un ouvrier de l’usine peut nourrir trois ou quatre personnes avec son salaire. Nous voulons juste que les usines respectent la règlementation pour que nos concitoyens puissent respirer un air propre. »

Cette approche a considérablement contribué à la popularité de Gavigudet à Roustavi. Si l’équipe centrale compte seulement cinq membres, de nombreuses autres personnes se mobilisent bénévolement pour l’organisation. Même la famille de Tinatin a fini par s’engager pour Gavigudet : sa mère est membre de l’équipe, tandis que son père organise des campagnes de plantation d’arbres. Et l’architecte local qui avait participé à la création de l’espace vert pour la campagne de plantation est depuis devenu son mari.

Les réseaux sociaux ont également aidé Gavigudet à se forger la réputation d’une ONG environnementale influente et efficace. Le public n’est pas le seul à se fier aux données et conclusions du groupe. D’autres organisations de Géorgie défendant des causes similaires ont contacté Gavigudet pour partager leurs expériences et joindre leurs forces dans des projets communs.

« Les acteurs qui s’engagent pour la cause environnementale en Géorgie sont peu nombreux et dispersés, c’est pourquoi nous voulons former un solide réseau d’organisations capables de se soutenir et de s’entraider en cas de besoin », explique Tinatin.

Travailler pendant le confinement et envisager l’avenir de Gavigudet

Pendant la pandémie de COVID-19, Gavigudet ne pouvait pas organiser des manifestations à grande échelle sans mettre en danger la santé des participants. L’organisation a donc dû faire preuve de créativité et l’idée lui est venue de faire venir les gens, un par un, dans ses locaux pour les prendre en photo. Ces photos ont ensuite été publiées sur ses réseaux sociaux, accompagnées des commentaires de chacun, le tout formant une manifestation virtuelle d’un genre nouveau qui a permis aux habitants de Roustavi de faire entendre leur voix, même en période de Covid.

Tinatin reconnaît que les réunions et les événements virtuels remplacent difficilement les rencontres en personne, ne serait-ce qu’en termes de confiance et d’unité. « Pour ce qui concerne l’activisme, c’est le seul véritable moyen d’afficher son attachement à une cause et sa passion pour elle », conclut-elle.

Elle espère que les rencontres en présentiel reprendront bientôt si la campagne de vaccination s’accélère en Géorgie.

Gavigudet continue de surveiller la mise en œuvre du plan d’action et des nouveaux changements législatifs, et entend bien exiger des changements plus ambitieux à l’avenir, si cela s’impose. Mais plus que tout, l’organisation continue d’œuvrer pour changer les mentalités et instaurer une véritable culture de la conscience environnementale et de l’urbanisme durable à Roustavi, et au-delà.

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