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Vitaliy Matveyev

26 octobre 2021

Vitaliy Matveyev - L’avocat des vulnérables

Jusqu’en 2019, rares étaient les avocats ukrainiens qui prenaient la défense des personnes vulnérables victimes de discrimination. Ça, c’était avant que le jeune avocat, Vitaliy Matveyev, n’entre en scène.

Цей матеріал також доступний українською

Vitaliy Matveyev était encore étudiant en droit à Odessa quand il a commencé à s’impliquer dans ce qui allait devenir son combat pour ceux qui sont trop souvent négligés par les acteurs de la profession juridique : les personnes vulnérables et les marginalisées. À cette époque, en 2010, ce besoin d’aider les autres s’était imposé à lui comme une évidence. Quelques années plus tard, il fondait l’ONG Projector.

La première affaire

Comme la plupart des diplômés, Vitaliy a dans un premier temps suivi un parcours carrière classique, avec un premier emploi dans le secteur bancaire, sans toutefois jamais vraiment renoncer à sa vocation première. « J’ai continué à aider bénévolement des ONG et des militants de la société civile. Ce n’est qu’en 2018, après avoir été contacté par une éminente ONG spécialisée dans l’assistance juridique que j’en ai fait mon activité principale. »

Vitaliy reconnaît que ce virage fut décisif dans sa vie, avec de profondes conséquences non seulement pour lui, mais aussi pour ces Ukrainiens qui étaient victimes de discrimination dans leur vie quotidienne.

C’est alors qu’une ancienne consœur, porteuse du VIH, lui confia que la loi lui interdisait d’adopter un enfant en raison de sa séropositivité.

« J’ai été sous le choc en découvrant qu’une loi de 2005 excluait les personnes séropositives du processus d’adoption d’enfants et que cette même loi privait également une longue liste de catégories de personnes, comme les personnes transgenre, du droit à l’adoption. C’est ce qui m’a poussé à agir », relate-t-il.

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La première victoire

Le jeune avocat a alors attaqué en justice le ministère de la Santé pour violation de la Constitution ukrainienne et de la Convention européenne des droits de l'homme. Il faudra deux ans d’audience et toute sa persistance pour que cette affaire se solde par une victoire.

Et cette formidable victoire judiciaire vaudra à Vitaliy sa renommée en Ukraine. Le voilà alors invité sur les plateaux télévisés, interviewé et convié à participer à des débats publics. Rapidement, son nom est sur les lèvres de tous les groupes vulnérables et marginalisés qui avaient fait les frais de la discrimination et dont les droits civiques avaient été violés. Mais surtout, et c’est ce qui lui tenait à cœur, la loi discriminatoire de 2005 a finalement été amendée.

« J’ai alors commencé à recevoir des centaines de courriers et de messages de personnes de tout le pays qui avaient été confrontées aux mêmes difficultés que ma consœur », raconte Vitaliy.

« J’ai découvert des situations dramatiques, à l’instar de cette grand-mère à qui l’on refusait l’adoption de ses petits-enfants, dont les parents avaient péri dans un accident de voiture, au motif qu’elle était séropositive. Dans d’autres cas, des candidats à l’adoption reconnaissaient avoir soudoyé des médecins pour que leur séropositivité ne figure pas dans leur dossier médical », s’émeut Vitaliy.

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Le lancement de Projector

Consterné par l’ampleur des injustices et par le manque de moyens mis en place pour assister ces personnes, Vitaliy décide de franchir le pas et il fonde avec un ami l’ONG Projector, axée sur l’assistance juridique et psychologique et la défense des droits des citoyens vulnérables et marginalisés victimes de discrimination.

Mais le travail de l’organisation ne se limite pas à la sphère juridique et psychologique. « L’idée était d’informer la population ukrainienne et de la sensibiliser à la discrimination à laquelle certains de leurs concitoyens sont confrontés, notamment les personnes LGBTQI+, les malades du VIH, les victimes de violence conjugale et le personnel médical face au Coronavirus », précise Vitaliy. « Aujourd'hui, nous élaborons des plans de communication médiatique et nous travaillons en étroite collaboration avec des médias et des militants qui défendent les droits de ces groupes. »

La réputation de Projector n’est plus à faire dans les tribunaux du pays. À ce jour, l’organisation a gagné plus de 70 % de ses affaires dans le sud de l’Ukraine et à Kievv.

L’envolée

Selon Vitaliy, Projector est désormais le premier point de contact des clients LGBTQI+, des personnes atteintes de VIH et d’autres groupes victimes de discrimination, et le travail et la notoriété de l’organisation vont bien au-delà de sa ville natale, Odessa. L’équipe de sept personnes de Projector, composée de juristes et d’un psychologue, peine à répondre à la demande croissance et aux sollicitations qu’elle reçoit.

« Nous avons pour principe de fournir à nos clients toute l’assistance dont ils ont besoin et d’aider toutes les personnes victimes de discrimination, quelles que soient les circonstances », s'enorgueillit Vitaliy. « Même s’il s'agit de problèmes mineurs, comme des accidents de la route. Nous conseillons nos clients sur la meilleure façon de faire valoir leurs droits. »

L’équipe de Projector est allée jusqu’à élaborer une trousse à outils très pratique pour les personnes issues de la communauté LGBTQI+ afin de les sensibiliser aux comportements à adopter sur internet, notamment sur les sites de rencontres.

« Nombre de nos clients de la communauté LGBTQI+ ont été victimes de chantage après avoir révélé leur orientation sexuelle sur ces sites. Leurs données ont ensuite été détournées par des escrocs qui les ont harcelés, menacés et agressés. Nous avons donc pour objectif de leur apprendre à défendre eux-mêmes leurs droits », explique Vitaliy.

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L’avenir

Vitaliy et son équipe assurent leurs services juridiques et psychologiques bénévolement, en partie grâce au précieux soutien du FEDEM.

« Ce travail représente un investissement personnel colossal, au-delà d’un temps-plein, mais grâce à ce soutien financier, nous pouvons aider nos clients gratuitement. Les besoins en services juridiques et psychologiques sont énormes et l’État n’est pas en mesure d’y répondre », déplore Vitaliy.

Lui et son équipe travaillent actuellement avec un spécialiste mandaté par le FEDEM pour élaborer un plan stratégique dans le but d’assurer à terme l’autonomie financière de l’organisation. L’une des pistes étudiées porterait sur la facturation d’une partie des frais pour les clients qui en ont les moyens. Vitaliy espère étendre son projet à d’autres villes, où la demande est également importante.

Il se réjouit de voir un changement d’attitude s’opérer en Ukraine à l’égard des groupes marginalisés.

« Les Ukrainiens, notamment les jeunes, se montrent plus tolérants et compréhensifs envers la communauté LGBTQI+, les personnes séropositives et autres groupes stigmatisés. Je suis convaincu que ce formidable changement de mentalité est dû au respect des principes de l’État de droit et à notre attachement aux valeurs européennes », clame Vitaliy.

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