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Media i Reform Centar Niš

15 avril 2021

Soutenir le journalisme dans le sud de la Serbie

Depuis dix-sept ans, Media i Reform Centar Niš (MIRC) apporte son soutien aux médias et professionnels des médias dans la ville de Niš, située dans le sud de la Serbie, la région la moins développée du pays.

« Quand nous avons démarré notre activité en 2003, je ne pensais pas voir un jour la liberté des médias décliner en Serbie. Mais la situation a bien changé », confesse le directeur de Media i Reform Centar, Nikola Stojanović, au FEDEM.

Au cours des dernières années, la liberté de la presse en Serbie s’est étiolée, le pays se voyant relégué à 93è place dans le classement mondial de la liberté de la presse 2020 de Reporters sans frontières, perdant 34 places par rapport à 2016.

À Niš, la troisième ville de Serbie, toutes les stations de radio et chaînes de télévision sont sous le contrôle du gouvernement local dirigé par le parti au pouvoir. La Serbie du Sud, où se trouve la ville de Niš, est la région la plus pauvre du pays, la société civile y est sous-développée et le débat public quasiment inexistant.

C’est dans ce contexte difficile que Media i Reform Centar cherche à s’imposer comme espace de rencontre pour la société civile, les universitaires, les partis politiques, les jeunes et les minorités qui viennent débattre de sujets sensibles abordés à travers du contenu vidéo et télévisé. Et tout cela ne serait pas possible sans le FEDEM dont l’aide permettra de financer l’achat de tout l’équipement de projection et de radiodiffusion nécessaire. « Nous utilisons du matériel pour le moins obsolète depuis plus de dix ans. Grâce à la subvention versée par le FEDEM, nous pourrons enfin nous procurer le matériel nécessaire », se réjouit Nikola, « et nous allons pouvoir mettre cet équipement dernier cri au profit de nos concitoyens. »

Le Centre prépare actuellement une nouvelle émission, 43/21, dont le nom renvoie aux coordonnées géographiques de la Serbie du Sud. L’émission a pour mission de diffuser des informations fiables sur des sujets d’intérêt public, offrant une réelle alternative indépendante aux médias qui sont sous la coupe du gouvernement.

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Le MIRC propose des activités très variées. Le Centre donne des cours d’anglais et forme des journalistes au reportage multimédias en coopération avec le département Communication de l’université locale. Il organise également des ateliers et des séminaires sur les droits de l’homme pour les reporters. Il assure également un travail de contrôle des médias, même si, « étant donné qu’il n’y a plus de réelle liberté des médias, d’aucuns douteront de l'utilité de l’exercice », reconnaît Nikola.

Cibler les journalistes pour améliorer le paysage médiatique

Il en faut plus pour décourager Nikola ou l’organisation qu’il dirige. Le MIRC s’efforce, en effet, d’amorcer un changement systémique dans le secteur serbe des médias. « Notre principale audience n’est pas le grand public, mais les journalistes et apprentis journalistes », précise Nikola.

La meilleure arme dont dispose le MIRC pour donner l'impulsion de ce changement sont les formations que le Centre propose aux journalistes. « Si nous parvenons à renforcer leurs connaissances et leurs compétences et si nous leur apprenons à décrypter les informations pour distinguer les fake news des vraies informations et à vérifier les faits, alors nous aurons rempli notre mission, à savoir améliorer le paysage médiatique en Serbie », explique-t-il.

Pour autant, le Centre s’adresse aussi au grand public. Ses émissions traitent de sujets d’intérêt local et avant la pandémie de Covid-19, le public assistait à l’enregistrement des émissions.

Covid-19 et contestation en Serbie

Après des débuts difficiles alors que le pays enregistrait des taux de contamination étourdissants, ce qui a valu au gouvernement de faire l’objet de vives critiques pour n’avoir pas suffisamment informé la population, la Serbie est devenue championne de la vaccination. L’été dernier, ce qui avait commencé comme une manifestation pacifique contre l’imposition d'un nouveau couvre-feu a vite pris des allures d’émeute suite à la violence disproportionnée dont la police fit usage, se soldant par l’irruption des manifestants dans les bâtiments de l’Assemblée nationale de Belgrade.

Le MIRC s’est alors trouvé dans une position délicate. Nikola se souvient d’avoir été en tout point d’accord avec l’objet de la colère des manifestants, à savoir la réponse autoritaire du gouvernement face à la pandémie, prenant des décisions radicales sans aucune consultation avec le Parlement et imposant des mesures drastiques contre la liberté des médias. Mais il déplorait la forte présence des organisations nationalistes et extrémistes au sein du mouvement.

« Nous nous sommes posé la question de savoir si nous devions descendre dans la rue et manifester aux côtés d'extrémistes », reconnaît Nikola. « Je voulais sincèrement manifester mon désaccord », affirme-t-il, « mais pas à leurs côtés. Pour finir, nous avons décidé de ne pas participer, ni à titre personnel, ni en tant qu’organisation. »

Le MIRC a déjà fait les frais de la violence des nationalistes. Il y a quelques années, des membres d’une organisation locale d’extrême droite avaient fait irruption dans les locaux pendant la projection d’un documentaire intitulé « Les Albanaises sont nos sœurs », produit par une association des journalistes indépendants de Voïvodine, partenaire du FEDEM.

Vingt ans après la guerre du Kosovo, les tensions inter ethniques sont encore palpables dans les Balkans, mais Nikola garde espoir, du moins pour Niš. Il est convaincu que par son emplacement géographique en Serbie du Sud, le Centre est bien plus proche des Kosovars et des Albanais que les autres organisations à Belgrade. D’ailleurs, il souhaite voir le Centre endosser un rôle plus actif à l’avenir en encourageant la communication entre les différents groupes ethniques de la société serbe.

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Les médias, outil du changement en Serbie du Sud

Les obstacles au développement de la Serbie du Sud restent nombreux. Globalement, les jeunes quittent Niš pour Belgrade ou Novi Sad au nord du pays, et les diplômés, comme les médecins ou les ingénieurs optent pour l’Europe de l’Ouest. Les jeunes qui restent sont souvent désabusés et peu enclins à s’investir dans l’avenir de leur région, même si de récents et timides signaux pourraient laisser espérer une inversion de la tendance.

Les initiatives du MIRC pour transformer le paysage médiatique dans la région sont vitales pour instiller ce changement. Le Centre travaille actuellement à un format relativement nouveau pour la Serbie du Sud : les podcasts. Pour son premier podcast, le Centre a réalisé un entretien avec un militant de la société civile de Niš.

Le MIRC a des projets ambitieux pour les mois à venir. Il entend devenir plus autonome et moins dépendant des dons à travers la prestation de services de production. Avec l’équipement acquis grâce à l’aide du FEDEM, le Centre s’apprête à démarrer un projet auquel il réfléchit depuis des années : lancer une chaîne de télévision consacrée à la société civile.

Il s’agira d’un espace permettant à la société civile et aux médias de présenter leur travail et d’aborder des sujets tels que les droits de l’homme ou les questions LGBT qui sont généralement passés sous silence dans les médias traditionnels. Les programmes télévisés seront ensuite mis à disposition en replay sur une plateforme en ligne. « Bien évidement, nous manquons de fonds pour toutes ces activités », admet Nikola, « mais ça n’est pas nouveau. Nous trouverons un moyen, comme nous l’avons toujours fait. »

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