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Medya Dhir et la Fraternity Foundation for Human Rights

29 mars 2021

Ouvrir la voie à la société civile dans le nord-est de la Syrie

La Fraternity Foundation for Human Rights (FFHR) est une éminente organisation syrienne qui défend la liberté d'association et de réunion pacifique.

Lorsque les soulèvements populaires contre le régime de Bachar al-Assad ont éclaté en Syrie en 2011, les espoirs étaient grands de pouvoir lancer une transition démocratique pacifique dans le pays. Alors que les violences ont dégénéré en un conflit armé, de nombreux militants des droits de l’homme ont pris leur distance vis-à-vis des affrontements militaires et ont intensifié leurs appels à une transition pacifique et démocratique. Les fondateurs de la Fraternity Foundation for Human Rights (FFHR) (Fondation de fraternité pour les droits de l’homme) étaient de ceux-là.

La FFHR a été créée en 2013 dans le nord-est de la Syrie. Les militants à l’origine de cette fondation, initialement nommée « The Fraternity Centre for Democracy and Civil Society » (Centre de fraternité pour la démocratie et la société civile), aspiraient à répondre aux nouveaux besoins de la population locale. Au début, la plupart de ses projets tournaient autour de l’émancipation économique des femmes, de la protection des enfants et de la sensibilisation aux droits de l’homme.

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Ouvrir la voie à la société civile dans le nord-est de la Syrie

À mesure que de nouvelles organisations de la société civile et ONG locales voyaient le jour dans la région, la FFHR a commencé à concentrer son action sur le droit à la liberté d’association et de réunion pacifique, des thématiques aujourd’hui au cœur de son travail. Elle œuvre désormais activement à la promotion des principes de non-violence, de l’engagement citoyen, du plaidoyer et des droits de l’homme. Elle organise des formations pour des organisations de la société civile et des dialogues, elle élabore des manuels de formation et produit des rapports d’analyse sur les réglementations locales. Si elle peut mener ces initiatives, c’est grâce à un soutien du FEDEM, qui l’a également aidée à financer ses activités de plaidoyer.

Aujourd’hui, le plaidoyer constitue une part importante du travail de la FFHR. Elle s’emploie à mobiliser les citoyens et à faire pression sur les pouvoirs locaux pour veiller à ce que la législation sur la participation citoyenne soit conforme aux normes internationales. La Fondation publie régulièrement des études et des documents d’orientation assortis de recommandations. Elle a récemment mis sur pied un département juridique pour suivre les violations de la liberté d’association et défendre les organisations concernées.

Aujourd’hui, la FFHR est une organisation enregistrée et elle poursuit son action dans le nord-est de la Syrie, une région sous le contrôle de l’Administration autonome kurde en place depuis peu.

« Nous avons commencé à travailler dans notre région d’origine. Nous avons recensé les besoins de la population et acquis l’expérience nécessaire pour pouvoir jouer un rôle de chef de file dans ce domaine », explique Medya Dhir, la Directrice générale de la FFHR, dans un entretien accordé au FEDEM. Elle précise qu’au fil des années, l’équipe a également participé à de nombreuses formations de renforcement des capacités proposées par des organisations internationales sur la manière de créer et de gérer une ONG active dans le secteur des droits de l’homme.

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Un catalyseur du changement

Mme Dhir explique que ces connaissances et cette expérience ont permis à la fondation d’encourager l’Office des affaires organisationnelles de l’Administration autonome à annuler une décision qui prévoyait de retirer à 50 ONG leur autorisation d’opérer dans la région. Cinq autres organisations sont parvenues à obtenir des autorisations et à reprendre leurs activités. Cette victoire est le résultat d’une vive campagne de plaidoyer menée par la FFHR, qui a publié un document d’orientation adressé aux pouvoirs locaux, assorti de revendications claires et de recommandations.

La Fondation est également parvenue à faire pression sur les autorités pour qu’elles remanient un projet de loi sur l’action de la société civile dans le nord-est de la Syrie, en consultation avec des organisations locales de la société civile. Les autorités locales ont finalement invité la Fondation à analyser le nouveau projet de loi sur les associations. « Il s’agit d’une étape importante, qui montre que les activités de plaidoyer commencent à porter leurs fruits. Nous voulons aller encore plus loin pour obtenir encore plus de résultats », affirme Mme Dhir.

Trouver de nouveaux modes de fonctionnement à l’heure de la COVID-19

La pandémie de COVID-19 a obligé l’équipe à s’adapter au télétravail. Mme Dhir et ses collègues ont alors décidé de donner des formations sur le travail à distance au personnel de la Fondation. Ils ont décidé d’ouvrir ces formations à leurs organisations partenaires, une démarche qu’entreprend souvent la Fondation. « Nous essayons toujours que nos partenaires puissent bénéficier de notre offre de formation. C’est une bonne manière de donner des moyens d’action à des talents locaux », explique-t-elle.

La pandémie a également exigé de repenser l’organisation des activités. Mme Dhir précise qu’ils ont par exemple décidé de diffuser un événement sur une grande chaîne de radio, ce qui leur a permis d’atteindre un public bien plus large que ce qui aurait été possible avant la pandémie. Finalement, ce séminaire a été vu par 4 000 personnes, dont des représentants d’organisations de la société civile. Les débats ont principalement porté sur la participation citoyenne et l’absence des organisations de la société civile dans les dialogues politiques locaux.

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Dix ans après le soulèvement syrien

Dix ans après le début du soulèvement syrien, Mme Dhir estime que l’un des plus grands crimes du régime réside dans la déformation de la structure intellectuelle, morale et cognitive de la société syrienne. « Aujourd’hui, nous avons non seulement besoin d’un règlement politique du conflit, mais aussi de la consolidation des principes démocratiques dans notre pays », souligne-t-elle.

Elle estime que l’action de la FFHR est cruciale pour l’établissement d’une nouvelle société démocratique en Syrie, en particulier aujourd’hui, alors que l’aide internationale à la Syrie se concentre davantage sur l’aide humanitaire que sur le soutien à la démocratie.

Elle est également convaincue que le soutien du FEDEM a permis à la FFHR de renforcer son rôle de mentor vis-à-vis d’organisations similaires dans la région. « Lorsque les autorités locales savent que vous êtes soutenus par une organisation internationale indépendante, vos actions sont vues différemment. Elles sont perçues sous un jour positif », précise Mme Dhir. D’après son expérience, les autorités locales de la région sont plus réceptives lorsqu’elles savent que les fonds n’ont pas d’affiliation politique.

À présent, la Fondation travaille d’arrache-pied pour définir ses futurs objectifs. Mme Dhir souhaiterait élargir l’action de la FFHR à d’autres régions syriennes et travailler sur la réforme de la législation au niveau national.

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