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Açık Radyo

12 février 2021

Se faire l’écho des voix indépendantes en Turquie

Depuis 25 ans, Açık Radyo fait figure d’exception dans le paysage médiatique turc : un média farouchement indépendant financé par ses auditeurs, sans aucun lien avec le monde des entreprises.

Açık Radyo a été créée dans les années 1990, dans le contexte de l’émergence du phénomène de privatisation de la radio et de la télévision en Turquie. « Nous voulions rendre le discours audible à un moment où nous nagions en pleine cacophonie due à cette soudaine vague de privatisation », explique Ilksen Mavituna, soulignant qu’un quart de siècle plus tard, la mission initiale de la station reste intacte.

Lors d'un entretien avec le FEDEM, Ilksen, qui travaille pour la radio depuis plus de quinze ans, explique que Açık Radyo s’est toujours considérée être plus qu'une simple plateforme de divertissement. Elle voulait être une source de points de vue alternatifs et avoir un regard différent de celui des autres médias turcs grand public. Cette stratégie a porté ses fruits et au fil des ans la station a séduit une communauté grandissante d’auditeurs unis par les valeurs que sont la démocratie et la liberté d’expression.

Ces auditeurs financent également la radio, à hauteur de plus de la moitié de ses recettes annuelles, ce qui lui vaut d’être aujourd'hui le premier média de radiodiffusion à avoir adopté un modèle de financement participatif en Turquie. Depuis 1995, plus de 1 000 personnes ont endossé le rôle de programmeur et consacré du temps à Açık Radyo. Aujourd'hui, la station compte 20 salariés et 20 programmeurs et producteurs bénévoles, autant de personnes qui mettent leur temps et leur expertise au profit de la communauté d’auditeurs..

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Une communauté de libres penseurs

Ce sentiment de communauté ressenti par le public de Açık Radyo est favorisé par l’organisation d’activités diverses, comme des festivals de musique et des expositions, animées par des artistes indépendants.

La radio organise les « Journées spéciales de radiodiffusion » durant lesquelles elle diffuse en direct 99 heures consécutives de programmes et d’émissions ponctuées de quelques brèves pauses la nuit. « Ces journées sont l’occasion pour nous de réfléchir ensemble à notre structure et à notre organisation, sans oublier notre communauté », précise Ilksen.

Remettant sans cesse en question les activités d’Açık Radyo sans jamais perdre de vue les centres d’intérêt des auditeurs, voilà comment la station a su se réinventer et passer l’épreuve du temps depuis 25 ans.

Le noyau dur des auditeurs est concentré à Istanbul, mais la communauté d’Açık Radyo est ouverte à quiconque vit en Turquie, indépendamment de son appartenance ethnique, de son sexe ou de sa nationalité. Elle est aussi l’un des rares espaces d’expression de la communauté arménienne en Turquie, offrant régulièrement une tribune à l’hebdomadaire Agos, journal fondé par le journaliste arméno-turc Hrant Dink, assassiné en 2007.

De fait, l’un des principaux objectifs d’Açık Radyo consiste à donner de la visibilité aux groupes sous-représentés dans la société turque et d’aborder des sujets trop souvent passés sous silence, une ambition illustrée par les activités de sensibilisation au changement climatique que la radio mène depuis plus de vingt ans.

La détermination d’Açık Radyo à faire entendre les groupes marginalisés et à aborder les thèmes délaissés, défendant la liberté d’expression et la démocratie, a valu à la station de se voir décerner le prestigieux prix Prince Claus Award en décembre 2020.

Travailler pendant la pandémie de Covid-19

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, Açık Radyo a dû annuler sa programmation d’événements et de manifestations, à l’image des « Journées spéciales de radiodiffusion », et célébrer son 25è anniversaire en ligne. Pendant toute la durée du confinement, la station a continué de privilégier la notion de communauté auprès de ses auditeurs, un aspect d’autant plus important que nombre d’entre eux vivent seuls et voient en Açık Radyo une compagnie essentielle dans leur routine quotidienne.

Comme le fait remarquer Ilksen, de nombreux auditeurs, en particulier pour les 35 ans et moins, commencent souvent à écouter la radio après minuit. « À leur âge, on attendrait d’eux qu’ils sortent faire la fête, mais au lieu de ça, ils nous écoutent parler des catastrophes écologiques, des minorités et de la COVID-19 », se félicite-il.

L’audience d’Açık Radyo a considérablement augmenté depuis le début du confinement, avec une hausse de 30 % du trafic sur son site Web. La portée géographique s’est également étendue au-delà d’Istanbul, la station étant désormais largement écoutée dans les régions côtières du pays où de nombreux citoyens à l’esprit libéral sont partis s’installer. La station possède même une audience respectable aux États-Unis et en Europe, grâce à la diaspora turque.

Malgré la pandémie actuelle, rien n’a vraiment changé pour Açık Radyo, si ce n’est les occasionnels problèmes de connexion Internet.

Pour Ilksen, la force de la radio réside dans sa capacité à s’adapter aux nouveaux défis et aux situations inédites, ce qu’il considère être un devoir à l’égard de ses auditeurs.

Açık Radyo a dès le début opéré un virage vers la radio Internet, profitant d’une aide versée par le FEDEM pour remplacer les équipements obsolètes et recruter un spécialiste de la narration numérique. La pandémie n’est pas l’unique difficulté à laquelle la station se trouve actuellement confrontée puisqu’elle doit aussi s’adapter à l’atmosphère de plus en plus autoritaire qui règne dans le pays.

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Une voix obstinément indépendante dans un paysage médiatique toujours plus érodé

Ilksen n’est pas particulièrement inquiet face à la pression croissante exercée sur les médias. Il est parfaitement conscient que l’auto-censure que s’imposent les journalistes et les animateurs est tout aussi problématique que la censure officielle de l’État, et il tient à souligner que la station n’a aucunement l’intention de renoncer à sa mission, à savoir offrir un espace ouvert pour la société civile turque.

 

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