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Marina Zec et Oblakoder

29 janvier 2021

Un magazine par et pour les jeunes Serbes

Lancé par de jeunes professionnels des médias frustrés par le peu d’emplois rémunérés dans le secteur du journalisme, Oblakoder, qui traite des difficultés rencontrées par les jeunes et de leurs réussites, s’est rapidement imposé comme une voix de la jeunesse en Serbie.

Il y a trois ans, un groupe de jeunes journalistes serbes fraîchement diplômés éprouvaient des difficultés à se faire une place sur le marché du travail. La plupart des rédactions du pays ne pouvaient leur offrir que des stages non rémunérés ou des missions bénévoles. Frustré par le manque de débouchés, le groupe a décidé de lancer un magazine par et pour les jeunes, « Oblakoder », ce qui veut dire « gratte-ciel » en serbe.

Marina Zec, la rédactrice en chef d’Oblakoder, a choisi ce nom dans un café de Belgrade avec un autre membre fondateur du magazine. « Le reste de l’équipe et moi-même avions déjà l’idée du projet, il ne nous manquait plus qu’un nom », explique Marina Zec lors d’un entretien avec le FEDEM. « Nous avons décidé que nous ne partirions pas avant d’en avoir trouvé un. »

Elle explique que le terme « oblakoder » vient de « oblak » (nuage) et fait à la fois référence à l’image d’avoir la tête dans les nuages et à une ville moderne très animée où s’élèvent de nombreux gratte-ciel. Cette idée a également inspiré la mise en page du site internet, qui a la forme d’un gratte-ciel. Pour consulter les différentes rubriques du site, il faut cliquer sur divers éléments du bâtiment, notamment l’antenne pour les podcasts, le divan pour les interviews, etc.

Depuis sa création, Oblakoder vise principalement à faire évoluer l’image des jeunes dans les médias serbes. « Nous sommes soit des saints, soit des figures démoniaques, il n’y a généralement pas d’entre-deux. Nous voulons apporter un point de vue plus nuancé », explique Marina Zec, qui travaille dans le secteur du journalisme, des relations publiques et de la gestion des médias depuis ses 19 ans.

Le magazine publie principalement des articles mettant en valeur de jeunes talents, artistes et militants serbes, afin de combattre ces préjugés. Il a rapidement attiré l’attention des lecteurs et de journalistes prometteurs. À ce jour, le magazine a déjà reçu 40 candidatures de jeunes à la recherche d’une expérience journalistique.

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D’équipe de bénévoles à employeur de jeunes journalistes

« Au début, nous ne savions pas vraiment ce que nous faisions », reconnaît Marina Zec, qui partage son temps entre Oblakoder et la rédaction de sa thèse. « Mais dès le début, nous avons absolument voulu adopter une démarche professionnelle. Nous avons fait nôtres les valeurs strictes du journalisme que sont l’objectivité, le professionnalisme et la vérification systématique des sources, sans perdre de vue l’objectif de produire du contenu intéressant pour un public jeune. »

Au cours des premiers mois d’existence du magazine, le budget était serré et l’équipe a travaillé bénévolement. Ils ont tous conservé un emploi rémunéré la journée pour pouvoir se consacrer à Oblakoder le soir.

« Le soutien du FEDEM en mars dernier a été pour nous une véritable bouée de sauvetage », explique Marina Zec, qui ajoute que, grâce au financement du FEDEM, le magazine a pu acheter du nouveau matériel et louer des bureaux. Cette nouvelle stabilité financière leur a permis d’avoir des projets de développement à long terme.

« Nous avons reçu la première subvention du FEDEM il y a moins d’un an, et la situation a déjà tellement évolué. Des ambassades nous ont appelés dernièrement pour nous proposer des subventions », explique-t-elle, le sourire aux lèvres.

Oblakoder peut désormais compter sur une équipe d’une quinzaine de journalistes, dont un tiers travaille à temps plein. Marina Zec met un point d’honneur à payer tout le monde, pour que le journalisme devienne un choix de carrière accessible aux jeunes de tous les milieux sociaux.

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Un magazine en phase avec la jeunesse serbe

La majorité des lecteurs d’Oblakoder est âgée de 23 à 35 ans. Ces membres de la génération Y peinent à trouver leur place dans le monde et en Serbie, où le taux de chômage des jeunes atteint les 30 % et les offres d’emploi ne concordent pas avec le niveau d’éducation de nombreux jeunes. Les jeunes ne croient pas le gouvernement et le système politique capables d’insuffler un changement positif.

Oblakoder peut désormais se targuer de compter entre 40 000 et 50 000 lecteurs par mois ainsi que 13 000 abonnés à son compte Instagram. Les lecteurs ne se contentent pas de survoler les articles. « Grâce à nos outils de suivi, nous pouvons voir que les gens lisent les articles en entier. Nous sommes très fiers que les lecteurs ne fassent pas défiler machinalement les articles sur leur écran et qu’ils s’intéressent réellement à ce que nous avons à dire », confie Marina Zec.

Selon la jeune journaliste, l’équipe doit ce succès à sa volonté de rédiger des articles sur des sujets pertinents plutôt que d’écrire pour les clics, ce qui lui permet d’initier un type de dialogue qui fait défaut dans la presse serbe. En tant que jeunes, les rédacteurs d’Oblakoder sont en mesure de comprendre le rapport de la jeunesse aux médias, alors que les médias traditionnels sont pour la plupart dépassés par les tendances et les sous-cultures.

Si le projet a débuté sous la forme d’un magazine sur l’art et les dernières tendances, Oblakoder a depuis élargi ses horizons pour aborder des questions telles que les droits de l’homme et l’intégration des minorités et des personnes handicapées, en mettant l’accent sur la nécessité de leur donner la parole sans pour autant tomber dans le sensationnalisme.

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Travailler pendant la pandémie de COVID-19

La COVID-19 a chamboulé les habitudes de travail au sein de la rédaction d’Oblakoder. Seules quatre personnes peuvent être présentes simultanément dans les locaux et les mesures de distanciation physique sont observées. Heureusement, la majeure partie du travail peut être réalisée à distance. « Notre travail nous a permis de ne pas perdre pied pendant la pandémie. Nous avons décroché la subvention du FEDEM au début de la pandémie, donc nous avons mis à profit ce temps pour augmenter le volume de nos activités et publications. C’est beaucoup de travail, mais on s’amuse aussi beaucoup », explique Marina Zec.

L’adaptation des débats publics en émissions vidéo a également été une gageure pendant la pandémie, mais l’équipe a relevé le défi. Elle a aussi présenté son travail lors d’une émission de deux heures sur Radio Belgrade, une radio nationale.

Le prochain défi d’Oblakoder sera l’élaboration d’une stratégie financière à long terme, qui reposera notamment sur les dons des abonnés et des partenariats commerciaux. Marina Zec prévoit d’agrandir son équipe, d’augmenter la part de salariés à temps plein et d’essayer de nouveaux formats.

« Nous sommes très fiers d’avoir pu concrétiser un projet qui n’était qu’une simple idée il y a encore quelques années », conclut-elle.

 

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