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COMPTE-RENDU D'ÉVÉNEMENT | Liberté et justice pour les disparus de Syrie : que peut faire l'Union européenne ?

 

Cent mille Syriens sont détenus ou ont disparu depuis le début du soulèvement syrien au printemps 2011. Malheureusement, les détentions arbitraires et disparitions forcées sont devenues une réalité quotidienne en Syrie, une situation qui touche des centaines de milliers (sinon plus) de famille syriennes dans tout le pays.  L'accès à la justice et le droit à la vérité sont systématiquement bafoués pour les victimes et leurs familles.   

En vue de la troisième conférence sur la Syrie organisée par Bruxelles en mars, les représentants de trois groupes de victimes syriennes se sont réunis dans les locaux du FEDEM à Bruxelles, le 19 février, pour présenter à l'auditoire le combat mené par les survivants des détentions et les familles des disparus.

Passé par neuf prisons différentes, Ahmad Helmi a fait le récit de sa détention. Pendant son incarcération, sa mère lui rendait visite chaque semaine. C'est ce qui l'a maintenu en vie, sachant que plusieurs de ses amis proches ont péri sous la torture en détention. Ahmad a créé Ta'afi, un programme syrien destiné à soutenir, protéger et réhabiliter les prisonniers politiques rescapés des geôles syriennes. Ahmad a tenu à souligner que la crise en Syrie est la plus documentée au monde, c'est pourquoi l'UE et ses États membres doivent maintenir la pression sur les autorités syriennes afin qu'elles fassent toute la lumière sur ces questions.

Amina Kholani a fui la Syrie en 2014 après avoir été libérée de prison. Trois de ses frères sont morts en détention. Son mari, également arrêté, a été torturé sous ses yeux. Elle raconte comment l'un de ses frères lui avait demandé de ne plus venir le voir en prison, les détenus qui recevaient de la visite étant ensuite torturés. Elle ne l'a jamais revu. Elle a également présenté à l'auditoire la situation désastreuse des femmes détenues, confrontés à la pression sociale après leur libération : beaucoup ont été quittées par leur mari et sont délaissées par leur famille. Amina est l'un des membres fondateurs de Families for Freedom.

Mariam Hallak, enseignante pendant 25 ans, est la mère du docteur Ayham Ghazoul dont elle a trouvé la photo dans le dossier dit Caesar, deux ans après son arrestation. Elle a raconté comment son fils fut arrêté un jour à l'université de Damas et torturé sur place, un espace étant réservé à la torture dans l'enceinte même de l'université. N'ayant reçu aucune information sur le lieu de détention de son fils, ni aucun de ces effets personnels, elle a décidé de porter plainte contre le service de renseignements syrien. Six mois plus tard, elle recevait son certificat de décès indiquant qu'il avait succombé à une crise cardiaque, même si tout porte à croire que la mort d'Ayham ait été causée par la torture. Mariam est un membre fondateur de l'association Caesar Families Association.

Après ces trois récits personnels très émouvants, l'auditoire et les participants ont abordé divers sujets, notamment les recours juridiques en place tels que le recours à la compétence universelle qui a permis la récente arrestation en Allemagne de deux anciens haut gradés des renseignements syriens sur la base d'allégations de crimes contre l'humanité.  Le rôle de la communauté internationale, de l'UE et des soutiens de la Syrie comme la Russie, dans la quête de justice et droit à la vérité pour les Syriens a également été abordé.  

Pour les participants, une chose est sûre : aucun processus politique ne saurait être envisagé dans le pays tant qu'on essaierait de dissimuler la vérité sur les victimes des violations des droits de l'homme les plus graves : « La reconstruction syrienne ne peut être entamée sans aborder la question des victimes. Les autorités syriennes doivent répondre des crimes qu'elles ont commis. »

En conclusion, les participants ont demandé à l'auditoire de Bruxelles de les appuyer  dans leurs principales attentes à l'égard des autorités syriennes, notamment :

  • Libération des prisonniers encore en vie
  • Remise des corps et des restes des victimes décédées à leurs familles
  • Traduire les auteurs de ces crimes devant la justice

Ils ont invité les membres de l'auditoire à écrire à leur ministre des Affaires étrangères et à leurs députés, et à interroger les candidats en lice pour les élections parlementaires européennes sur leurs actions qu'ils entendent mener en ce sens.