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Défense des droits des travailleurs et de l'égalité des sexes en Géorgie

Revaz Karanadze et Neno Charkviani, Solidarity Network © EED

Un syndicat alternatif mobilise les citoyens sur des questions sociétales telles que les droits des travailleurs, l'égalité des sexes et la notion d'économie populaire dans le cadre d'une mission plus vaste visant à promouvoir la démocratie en Géorgie.

Solidarity Network, anciennement appelé Tbilisi Solidarity Network, est né des préoccupations d'un groupe d'étudiants face aux conditions de travail déplorables dans le secteur des services.

« Nous avions pratiquement tous un emploi dans le secteur des services et avions tout été personnellement confrontés à de mauvaises conditions de travail. C'est ce qui nous a poussé à agir et à créer cette organisation, pour informer les gens sur leurs droits », explique Revaz Karanadze, fondateur de Solidarity Network.            

Tout a commencé en 2015 comme une modeste initiative réunissant une dizaine de militants qui s'est muée en un mouvement qui compte aujourd'hui plus de 300 personnes. « Le FEDEM nous a aidés à mettre en place l'organisation. Tbilisi Solidarity Network était une ONG, mais nous voulions aller plus loin et le FEDEM est justement le genre d'organisation qui vous aide à trouver les moyens de grandir et de vous développer », ajoute-t-il. En 2017, Solidarity Network changeait de statut et prenait la forme d'un syndicat alternatif.       

« Notre stratégie repose sur notre capacité d'organisation. Lorsque nous sommes devenus un syndicat, nous avons commencé à mobiliser les travailleurs sur leur lieu de travail à travers des campagnes sociales, à distribuer des prospectus, à chercher des moyens simples de les informer sur le code du travail, les droits des travailleurs et les moyens de se défendre », poursuit Neno Charkviani, membre du Conseil de Solidarity Network.

Si les valeurs qui animent Solidarity Network restent intactes, l'initiative continue d'élargir son champ d'action, incluant des activités telles que des consultations juridiques gratuites sur les violations des droits du travail ou l'instauration d'un mouvement d'économie populaire ayant à cœur de rendre les réformes économiques intelligibles à travers des outils inédits comme le « calculateur de salaire volé » et la création de syndicats locaux intervenant dans divers domaines.

Solidarity Network possède une hotline, mais le social media est devenu l'un des principaux canaux de communication pour ceux qui sollicitent l'aide ou les conseils juridiques de l'organisation.

La défense des droits des travailleurs est au cœur des activités de Solidarity Network. À titre d'exemple, ses membres ont dénoncé des violations à grande échelle des droits des employés de Nikora, une chaîne de supermarchés dont les employés étaient contraints de faire de longues journées pour un salaire inadéquat, ou encore défendu la cause d'enseignants revendiquant le droit de prendre leurs jours de congé légaux. Mais comme le déplore Revaz, il existe dans le pays d'autres préoccupations qui méritent qu'on s'y attèle : « Les règles de sécurité ne sont pas adaptées et aujourd'hui encore de nombreux ouvriers sont victimes d'accidents mortels sur les chantiers et dans les mines. Le secteur des services n'est pas épargné non plus, de nombreux employés étant atteints d'asthme professionnel suite à l'exposition répétée à des produits chimiques. C'est une des affaires dont nous nous sommes occupés. »

Pour Revaz, l'une des plus grandes difficultés porte sur la définition des heures de travail : « Nous voulons lutter contre les heures supplémentaires impayées. En Géorgie, pour certains secteurs d'activité, la semaine de travail est de 48 heures, mais la loi est vague et désigne le secteur du « commerce » au sens général. De nombreux supermarchés profitent de cette ambiguïté, obligeant les employés à travailler 48 heures au lieu de 40, quand ce n'est pas 60 ou 80 heures.

« À bien y réfléchir, sans conditions de travail et salaires décents, on ne peut pas participer à la démocratie d'un pays. On en n'a tout simplement pas le temps. »

L'une des affaires phares défendues par Solidarity Network fut celle des employés du métro de Tbilisi qui ont fini par faire une grève de la faim, revendiquant de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaire. « Nous avions respecté le préavis légal de 21 jours avant de démarrer la grève, mais lorsque nous avons voulu lancer notre action, les employés se sont vu opposer une campagne préjudiciable de la part des responsables. La grève a dû être repoussée de 30 jours mais heureusement nous bénéficions du soutien du public et malgré la pression exercée par les responsables, nous avons réussi à immobiliser le métro », raconte Revaz.

Les militants ont travaillé sans relâche sur une campagne sociale, produisant prospectus, infographie et vidéos des employés : « Ces hommes et ces femmes doivent travailler sous terre, et le métro de Tbilisi est très profond. Aucune rénovation environnementale n'a jamais été entreprise. L'environnement de travail est très humide, il émet de forts champs électriques, une pression élevée et présente d'autres risques pour la santé. La preuve en est, 60 % des conducteurs n'atteignent pas l'âge de la retraite. »

« Nous qui avons rédigé les revendications des employés. Cette campagne sociale a profondément ému les citoyens qui n'avaient pas conscience de conditions de travail aussi terribles. Nous leur avons ouvert les yeux », poursuit Neno.

L'éducation des femmes est un autre problème qui mobilise l'organisation, laquelle s'attache à remettre en question le modèle patriarcal, l'idée prédominante sur le féminisme et le fait que, selon Revaz, certains groupes sont souvent négligés :

« Nous devons trouver le moyen de créer les conditions qui favorisent la participation des femmes en politique. Si l'on veut donner une plus grande place aux femmes, nous devons intégralement revoir le modèle. Nous en sommes convaincus. »

Face à l'ampleur de la tâche, les membres de Solidarity Network ne ménagent pas leurs efforts pour faire bouger les lignes. Ils siègent au Comité de l'égalité des sexes et au Comité des affaires sociales et du travail du Parlement géorgien, surveillant de près les développements de chacune des affaires qu'ils défendent, s'attaquant désormais au secteur de la santé afin de lutter contre la privatisation et la monopolisation quasi systématiques de ses services, en créant une confédération alternative.

« Beaucoup de gens comptent sur nous », conclut Neno. « Le financement du FEDEM nous a énormément aidés et nous a permis de peser plus. Notre vision des combats que nous menons a changé, tout comme notre perception des défis les plus importants dans notre société. Nous privilégions désormais les questions cruciales prises dans le contexte de la Géorgie. »

Article rédigé par Diana Takacsova

Informations complémentaires :

Tbilisi Solidarity Network |  Présentation de l'initiative
Solidarity Network | Site Web