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COMPTE-RENDU D’ÉVÉNEMENT | Le Kosovo au lendemain des élections : alternance politique ou changement de paradigme ?

8 avril 2021

Le 3 mars, le Fonds européen pour la démocratie (FEDEM) a organisé un webinaire intitulé « Le Kosovo au lendemain des élections : alternance politique ou changement de paradigme ? » (Kosovo after elections: power rotation or paradigm shift?) pour débattre des résultats des élections législatives du 14 février. Des experts issus du monde politique, des médias et de la société civile ont présenté leur point de vue sur les résultats des élections et conjecturé sur l’avenir du Kosovo et de son prochain gouvernement.

Le 3 mars, le Fonds européen pour la démocratie (FEDEM) a organisé un webinaire intitulé « Le Kosovo au lendemain des élections : alternance politique ou changement de paradigme ? » (Kosovo after elections: power rotation or paradigm shift?) pour débattre des résultats des élections législatives du 14 février. Des experts issus du monde politique, des médias et de la société civile ont présenté leur point de vue sur les résultats des élections et conjecturé sur l’avenir du Kosovo et de son nouveau gouvernement.

C’est Lukas Mandl, eurodéputé et rapporteur fictif du PPE pour le Kosovo au Parlement européen, qui a ouvert les débats. Lors de son allocution liminaire, il a insisté sur les immenses possibilités offertes par les résultats des élections. Il a ajouté qu’il entrevoyait avec optimisme la formation du prochain gouvernement et qu’il croyait en sa capacité à stabiliser l’administration publique, l’état de droit, l’éducation et le système de santé, entre autres, ainsi qu’à projeter cette stabilité au niveau de la communauté internationale.

Pour Vlora Çitaku, ancienne ambassadrice du Kosovo aux États-Unis, ce qu’il faut surtout retenir de ces élections, c’est qu’« au Kosovo, la démocratie fonctionne ». Contrairement à de nombreux pays de la région, le Kosovo a pu annoncer les résultats le soir même des élections ; ils n’ont pas été contestés et ont même été acceptés de bon gré. Elle a ajouté que cette réussite tordait le cou à l’idée reçue que le Kosovo est un État captif et que ses institutions ne fonctionnent pas. Mme Çitaku a insisté sur l’importance du vote des femmes, puisqu’il ressort des sondages qu’il a fait pencher la balance du scrutin.

En ce qui concerne la place actuelle du Kosovo au sein de la communauté internationale et la perception qu’a cette dernière du pays, Mme Çitaku a indiqué que le Premier ministre entrant, Albin Kurti, disposait d’un mandat clair pour diriger le Kosovo et entreprendre les réformes nécessaires. Elle a ajouté que l’UE devait à présent y mettre du sien et accepter la volonté des États-Unis de coopérer pour assurer un avenir meilleur au Kosovo. Mme Çitaku a souligné que le Kosovo était de loin le pays le plus europhile de la région, mais qu’il ne faudrait pas tenir ce soutien pour acquis. « Les Kosovars ne méritent pas d’être traités comme des citoyens de seconde zone en Europe », a-t-elle précisé.

Au sujet du dialogue avec la Serbie, elle a martelé que l’intégration de la communauté serbe resterait au point mort tant que Belgrade continuerait d’utiliser la diaspora serbe comme outil de politique étrangère. « Le dialogue avec Belgrade doit s’inscrire dans un calendrier défini et le dialogue avec les Serbes du Kosovo doit être préservé en tout temps », a-t-elle conclu.

Visar Ymeri, le directeur de l’Institut Musine Kokalari, a d’emblée fait observer que la population nourrissait de grands espoirs au lendemain des élections. Selon lui, de nombreux Kosovars ont le sentiment qu’il s’agit là de leur « dernière chance ». M. Ymeri a attiré l’attention sur le caractère inédit des résultats du scrutin, qui a enregistré le plus haut taux de participation de l’histoire récente du Kosovo. « Les électeurs kosovars sont bien conscients de ce qu’ils fuient : vingt années de corruption, de népotisme, de mauvaise gestion et de crime organisé. Mais ils ne savent pas ce qui les attend. »

  1. Ymeri a ajouté qu’il était attendu du gouvernement Kurti qu’il règle les problèmes internes, mais que la pression pour parvenir à un accord dans le cadre du dialogue avec la Serbie augmenterait. Il a déploré que ce dialogue n’ait été que peu abordé lors de la campagne électorale, pour ensuite devenir l’un des enjeux principaux au lendemain des élections. Quant à ses attentes pour le nouveau gouvernement, M. Ymeri a expliqué que, malgré ses inquiétudes, il restait convaincu que le Premier ministre Kurti entreprendrait les réformes nécessaires pour permettre au Kosovo de changer de cap, vers un avenir meilleur.

Lavdim Hamidi, le rédacteur en chef de Front Online, s’est penché sur la recrudescence inquiétante de la violence à l’encontre des journalistes au Kosovo, épinglant notamment les récentes agressions de Valon Syla et Visar Duriqi. M. Hamidi s’est dit particulièrement inquiet de constater que ce genre d’agressions n’était plus largement condamné par l’opinion publique, ce qui conduit à une banalisation de la violence. Il a ajouté que de nombreux médias et organisations de la société civile avaient perdu de leur objectivité et s’alignaient ouvertement sur la position de certains acteurs politiques ou partis. Il a dénoncé le contrôle exercé par le politique sur la publicité, un phénomène amplifié par la pandémie de COVID-19. Il a également signalé que des responsables du parti Vetëvendosje avaient par le passé adopté des discours anti-média et que M. Kurti s’était montré très sélectif dans ses entretiens accordés à la presse lors de la campagne, en évitant toutes les rédactions critiques à son égard. M. Hamidi a exprimé le souhait que cette attitude vis-à-vis des médias évolue positivement lorsque le parti Vetëvendosje formera le nouveau gouvernement.

Jovana Radosavljević, la directrice de la New Social Initiative, a exposé son point de vue sur les répercussions qu’auront les élections sur les Serbes du Kosovo et d’autres minorités. Elle a souligné que les acteurs internationaux et kosovars craignaient de plus en plus que Srpska Lista ne renforce son monopole politique au sein de la communauté serbe. Elle a indiqué que l’influence qu’aurait pu avoir Srpska Lista sur le vote d’autres communautés minoritaires inquiétait beaucoup, mais que des propos similaires avaient été tenus au sujet du parti d’Albin Kurti, Vetëvendosje.

Mme Radosavljevic a déclaré que, contrairement aux élections précédentes, la communauté serbe ne s’était cette fois pas plainte de menaces et de violences. Ce constat a toutefois été entaché par un cas de violence à l’encontre du fils de l’une des principales figures de l’opposition dans la communauté serbe, Nenad Rasic. Mme Radosavljevic a souligné que cette affaire était un exemple parlant, révélateur des tensions persistantes liées à la communauté serbe au Kosovo. Elle a ajouté que le dialogue avec les citoyens serbes du Kosovo ne pouvait pas remplacer le dialogue avec Belgrade, mais que l’amélioration du niveau d’intégration et de compréhension entre les communautés pourrait s’avérer très bénéfique.

Viola von Cramon, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et rapporteure pour le Kosovo au Parlement européen, était d’accord pour dire que les attentes de la population kosovare devraient être canalisées et tempérées, étant donné qu’elles « sont pratiquement irréalistes ». Elle a ajouté qu’il restait à voir si ce résultat était à imputer à l’appel de M. Kurti ou à l’échec des autres partis. Mme von Cramon a dit comprendre la grande frustration de la population kosovare, alors que le Conseil européen n’a toujours pas approuvé la libéralisation des visas, et elle a fait savoir qu’elle continuerait de plaider pour cette libéralisation à chaque fois que l’occasion se présenterait. S’agissant du dialogue avec la Serbie, elle a ajouté que l’UE devait cesser de s’asseoir sur les indicateurs démocratiques pour faire progresser le dialogue. Elle a également déclaré que ce dialogue devrait s’accompagner d’un échange avec les Serbes et les autres minorités du Kosovo, une démarche que M. Kurti n’a que peu entreprise lors de sa campagne. Elle a aussi fait remarquer, en sa qualité d’observatrice en chef des dernières élections anticipées, que 53 recommandations d’amélioration du processus électoral avaient été formulées, mais qu’aucune n’avait été mise en œuvre pour les élections du 14 février. Elle a toutefois salué l’approche davantage axée sur la présentation de programmes aux électeurs, avec un accent sur l’éducation, les soins de santé et les questions sociales.

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