Actualités

Retour à la rubrique Actualités

Maia Sandu, intronisée Présidente de la Moldavie

24 décembre 2020

L’investiture de Maia Sandu et sa prise de fonction en tant que présidente de la Moldavie représentent une formidable victoire dans la longue lutte de ce pays pour la démocratie.

C’est aujourd’hui, 24 décembre 2020, que Maia Sandu est intronisée Présidente de la Moldavie, un tournant dans l’histoire contemporaine de ce pays.

Mme Sandu est non seulement la première femme Présidente de la Moldavie, elle est aussi la première véritable femme politique de terrain à avoir remporté une élection. Lors de cette élection historique, Mme Sandu a recueilli 57,7 % des voix, contre 42,3 % pour le Président sortant, Igor Dodon. Avec la moitié de la population active vivant à l’étranger, le vote de la diaspora aura été particulièrement déterminant dans son élection.

Mme Sandu obtient la victoire malgré de nombreux obstacles, un environnement électoral inéquitable, un accès limité aux médias et une campagne de désinformation. Son élection atteste de la démocratisation de la société moldave qui est mieux armée contre la désinformation et est ouverte à des alternatives politiques pro-démocratiques.

La démocratisation n’est pas un processus linéaire. Les acteurs pro-démocratiques ont, certes, remporté le mandat présidentiel, un formidable tremplin pour défendre et promouvoir un agenda politique positif, mais ils sont en minorité au Parlement et absents du gouvernement. Dès lors, la priorité pour Mme Sandu et son équipe consiste à mobiliser la société et à instaurer des groupes d’action afin d’ouvrir la voie à un futur gouvernement réformateur capable de représenter tous les citoyens, indépendamment de leur origine ethnique ou de leur langue. Ce faisant, Mme Sandu et son équipe peuvent espérer remporter une victoire politique aux élections législatives et bénéficier d’une légitimité renforcée pour mener à bien le programme de réforme et de démocratisation.

Le FEDEM félicite Maia Sandu et lui envoie tous ses vœux de réussite dans sa mission.

Chisinau

Médias indépendants et acteurs de la société civile soutenus par le FEDEM en Moldavie

Au fil des ans, le FEDEM a collaboré avec bon nombre de militants de la société civile qui ont lutté contre le phénomène d’oligarchisation et de mainmise de l’État sur les institutions et les médias. Inventifs et courageux, les défenseurs pro-démocratie, activistes citoyens et militants politiques, ainsi que des artistes et des bloggeurs, ont défié les actions du gouvernement à travers des campagnes anti-corruption, la surveillance des élections, la réalisation d’études politiques indépendantes et de campagnes médiatiques afin d’encourager un dialogue plus inter-ethnique.

Ces derniers jours, le FEDEM s’est entretenu avec quelques-uns de ces partenaires établis dans le pays, les invitant à revenir sur les récents événements en Moldavie.

Lutter contre la désinformation

Pour Alexei Tulbure, de l’initiative cNo Disinformation, l’élection de Maia Sandu est cruciale pour les Moldaves. « Un million de personnes ont voté pour Mme Sandu, dont 250 000 issues de la diaspora. En soi, c’est énorme car cela reflète un changement de mentalité des électeurs. Nous n’avons jamais élu un représentant politique comme elle. Mme Sandu est quelqu’un qui ne se laissera pas corrompre et elle engagera les réformes nécessaires. Elle se soucie véritablement des préoccupations des citoyens », affirme M. Tulbure.

Ces deux dernières années, M. Tulbure et ses collègues Victor Ciobanu et Stela Jantuan ont produit des centaines de petites vidéos pédagogiques intitulées De Facto qui dissèquent l’actualité et mettent à jour la propagande et la désinformation. Leur dernier projet, Trigger, un talk-show diffusé sur des chaînes de télévision nationale et régionale, ainsi que sur des réseaux sociaux, « s’efforce d’amener les individus à réfléchir par eux-mêmes. Pendant 30 ans, d’autres ont décidé de notre sort. Nous faisons comprendre à nos compatriotes qu’il est temps qu’ils prennent eux-mêmes des décisions et exigent de nos gouvernants qu’ils rendent des comptes », ajoute M. Tulbure.

Médias indépendants
Pour beaucoup, les médias indépendants ont favorisé un changement des mentalités en Moldavie, un phénomène qui s’illustre par la volonté des Moldaves de voir la corruption endémique prendre fin dans le pays.

Natalia Morari, journaliste et directrice exécutive de l’influente chaîne de télévision indépendante et plateforme multimédia TV8, fait remarquer que sa chaîne a couvert de manière impartiale la campagne électorale, permettant à Mme Sandu et à M. Dodon de s’exprimer séparément dans différentes émissions.

Il était important pour TV8 de pouvoir être suivie par les électeurs de la diaspora, nombreux à regarder la chaîne en ligne et très friands du vlog divertissant, Parole d’Internet, diffusé à la fois sur TV8 et sur les réseaux sociaux.

Dmitru Misin de Jurnal TV explique qu’au cours des dernières semaines, la chaîne a mis l’accent sur les élections et pris le temps de présenter les fonctions du Président de la Moldavie. « Nous avons un système parlementaire, mais les gens ne comprennent pas le rôle du président tel qu’il est défini par la Constitution. M. Dodon a, d’une manière générale, étendu son rôle afin d’influencer le gouvernement et a fait des promesses qui vont au-delà de ses attributions. Cela n’a fait que semer la confusion chez nos concitoyens », déplore M. Misin.

Galina Vasilieva du média en ligne Newsmaker, l’unique média indépendant russophone de Moldavie, attire l’attention sur l’avalanche de fake news portant sur la campagne de Mme Sandu et sur la pandémie de Covid-19, venus ternir la période pré-électorale.

Pour les contrer, Newsmaker a lancé une émission très appréciée intitulée « Électorat sans parallèle » qui diffusait des entretiens Skype réalisés avec des ressortissants expatriés, un clin d’œil à ce que M. Dodon avait qualifié de « électorat parallèle » alors qu’il évoquait les électeurs de la diaspora.

Combler le fossé géopolitique et contrer la désinformation

Comme le fait remarquer Mme Vasilieva, au cours de cette période électorale, Mme Sandu a publié des messages politiques dans toutes les langues officielles de Moldavie, y compris en russe, en bulgare, en gagaouze et en roumain. « Grâce à cela, les électeurs ont pu surpasser le fossé géopolitique. La polarisation était moins forte qu’avant », précise-t-elle.

Les membres de l’Institute of Strategic Initiatives (IPIS) reconnaissent que cette approche inclusive de la part de Mme Sandu a contribué à sa victoire. C’est précisément dans cette optique que fut créé l’IPIS, une plateforme destinée à rapprocher les Moldaves et les inciter à se mobiliser dans un effort civique proactif, indépendamment de leur origine ethnique, de leur langue ou de leurs préférences géopolitiques.

 Valeriu Pasa, de l’éminent groupe de réflexion Watchdog, explique que lui et ses collègues se sont évertués à réduire le rôle de la propagande pendant la période électorale et à décourager les irrégularités.

Conjointement à d’autres partenaires, ils ont mené le projet Initiative pour des élections libres et équitables, réalisant des sondages d’opinions indépendants en Moldavie en prévision des premier et second tours des élections, ainsi que des sondages effectués à la sortie des scrutins, les jours de vote. Ces sondages ont permis d’enrayer la fraude et l’achat de votes tout en présentant le double avantage de fournir aux électeurs des informations fiables en temps réel.

À l’image d’autres partenaires du FEDEM, Watchdog a également ciblé les votes de la diaspora en menant des campagnes d’information sur Facebook qui ont enregistré des millions de vues. « Souvent la diaspora moldave se sent déconnectée de l’actualité et de la politique au pays. Nous les avons tenus informés en diffusant des informations et des chroniques politiques. Nous leur avons donné des conseils pratiques sur la procédure à suivre pour aller voter. Les gens ont parcouru des centaines de kilomètres pour aller voter et ont parfois fait la queue pendant sept ou huit heures. Cela prouve que si l’on se donne la peine de mobiliser les électeurs, cela porte ses fruits », témoigne M. Pasa.

Et après ?

À la question de savoir de quoi sera faite la suite des événements, les partenaires du FEDEM, même s’ils reconnaissent que cette élection est le signe d’une évolution en Moldavie, conviennent que le chemin sera semé d’embûches. La Moldavie reste en proie à la pandémie de Covid-19 qui a durement touché le pays et son économie. Tous sont d’avis que les élections législatives auront des chances d’être organisées au premier semestre de 2022.

 

Gardez le contact

Inscrivez-vous et recevez toutes les actualités, les récits et les événements directement dans votre boîte mail.