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COMPTE-RENDU D'ÉVÉNEMENT – SEMAINE INTERNATIONALE DE LA DÉMOCRATIE 2020 | L’impact de la COVID-19 sur les médias : Émergence de l’infodémie ?

25 septembre 2020

Cette année, c’est en ligne que le Fonds européen pour la démocratie, l’Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale, le European Partnership for Democracy, le European Network of Political Foundations et la Fondation Carnegie pour la paix internationale ont célébré le Journée internationale de la démocratie. Le nouveau format de la « semaine internationale de la démocratie » a consisté en une série d’événements de haut vol organisés en collaboration avec le Parlement européen du 14 au 17 septembre. Les organisations partenaires ont étudié les moyens de renforcer la démocratie et de stimuler l’innovation démocratique. Ces discussions ont été l’occasion de dévoiler le nouveau rapport intitulé « Démocratie globale et COVID-19: étendre le soutien international » qui passe en revue les répercussions de la Covid-19 sur la démocratie de par le monde.

Des intervenants du monde entier sont venus relater des récits très forts et éloquents illustrant leurs difficultés à lutter contre la désinformation, à dénoncer les informations fallacieuses et à renforcer la vérification des faits. Ces dernières années, la désinformation est devenue la triste réalité de notre monde toujours plus connecté et avancé sur le plan de la technologie. Pendant la crise de Covid-19, la désinformation a atteint des niveaux inégalés avec une avalanche de fausses informations, de faits dénaturés et de théories de complot autour du virus.

Bernard Guetta, Membre du Parlement européen, a animé la discussion. Comme il l’a affirmé, les fake news sont omniprésentes. Elles peuvent partir des États-Unis, se répandre à travers l’Europe et terminer leur course en Afrique du Nord. L’avis des médecins est désormais remis en question, car la médecine est, à son tour, devenue un enjeu politique. Les citoyens s’érigent contre les vaccins et comptent les morts dus à la Covid-19. M. Guetta a demandé aux intervenants s’il était possible de lutter contre les fake news, en particulier sur les réseaux sociaux, et de faire le point sur les répercussions que la Covid-19 a eu sur le secteur des médias.

Selon Natalia Antelava, co-fondatrice et rédactrice en chef de la start-up Coda Story, il est possible de lutter contre les fake news. Ce qu’il est difficile de combattre, ce sont les thèses qui viennent étayer les fake news. La thèse de la Russie selon laquelle l’Occident est « faible » et « incapable de gérer la crise » est clairement une instrumentalisation de la crise. Avec l’Iran et la Chine, La Russie s’évertue à répandre des allégations qui n’ont d’autre but que de saper la confiance du public à l’égard des pays démocratiques.

Mme Antelava et son équipe tentent, à travers des articles rédigés en géorgien et en russe (et en anglais ?), de remettre les faits dans leur contexte et de présenter une version impartiale des événements. Il est important pour elle de s’adresser aux lecteurs dans leur langue maternelle afin de les informer et de les sensibiliser aux questions globales.

Sami Ben Gharbia, co-fondateur du blog collectif tunisien Nawaat, a expliqué comment les citoyens sont amenés à croire les fake news. En cause, l’hégémonie des plateformes des réseaux sociaux comme Facebook où les internautes moins qualifiés cherchent à accéder à l’information et sont aisément manipulés. Il se montre optimiste pour ce qui concerne la presse mais pessimiste à propos du public.

M. Ben Gharbia croit en l’avenir d’un journalisme dissident et constructif, et sa mission consiste à permettre à ceux qu’on n’entend jamais de faire entendre leur voix et à obtenir la vérité, précisant que les médias locaux ont le pouvoir de faire fléchir les autorités nationales grâce aux efforts des lanceurs d’alerte.

Peter Pomerantsev, collaborateur émérite, London School of Economics, producteur et auteur de « Rien n'est vrai tout est possible », a expliqué la manière dont les régimes autoritaires utilisent la liberté d’expression contre la société civile et s’appliquent à diviser la population. Ils n'ont pas recours à la censure mais ils exploitent les catégories émotionnelles et l’identité culturelle.

Une rupture s’est opérée entre la liberté d’expression, le pluralisme médiatique et le libre soi. Rien dans le droit relatif aux droits de l’homme n’évoque la désinformation et il est difficile de trouver un argument qui s’y oppose. Le pluralisme est désormais divisé en parrainage et polarisation.
M. Pomerantsev a souligné à quel point la notion du « libre soi » est dangereuse. Tout le monde est à même d’exprimer ses idées sur les réseaux sociaux, mais les données sont ensuite transmises à des parties prenantes politiques qui tentent de les détourner à des fins de propagande.

Il reste un défenseur du pluralisme médiatique mais juge nécessaire de réguler la désinformation sur la base du respect des droits de l'homme. Et à cet égard, il estime que l’Union européenne devrait élaborer une réglementation claire en matière de cyberespace.

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