imprimer
COMPTE-RENDU D'ÉVÉNEMENT | « Privacy of Wounds » - Explorer en profondeur la question des détenus syriens

Pour la deuxième année consécutive, le FEDEM était partenaire du festival international du film documentaire sur les droits de l'homme qui s'est déroulé à Bruxelles. Le festival organise la diffusion de films sur les questions des droits de l'homme et des débats en présence d'experts, de défenseurs des droits de l'homme et de réalisateurs qui traitent de sujets en rapport avec les droits de l'homme.

Cette année, le FEDEM organisait la projection du film « Privacy of Wounds », suivie d'une discussion sur le thème des détenus et déplacés de force en Syrie.

Ce film percutant réalisé par Dalia Kury, met en scène trois anciens prisonniers politiques syriens enfermés dans une cellule de prison reconstituée, échangeant sur ce qu'ils ont vécu dans les geôles les plus difficiles du pays.

La table ronde, composée de Mazen Darwish - Président du Centre syrien pour la liberté des médias et de d'expression et de Salma Kahale - Directrice de l'ONG Dawlaty, était animée par  Eric Witte - Chef de projet Senior de l'ONG Open Society Justice Initiative.

Lui-même ancien détenu syrien, M. Darwish a salué la qualité du film pour sa richesse d'informations sur les conditions de détention dans les prisons syriennes, soulignant l'importance d'informer au-delà des maigres informations fournies par les médias.

Mme Kahale a insisté sur la nécessité de chercher des sources de documentation alternatives qui jettent la lumière sur l'impact qu'ont ces détentions et disparitions sur les victimes et leurs familles. Les Syriens font appel à des moyens novateurs pour relater leur expérience, les films et les arts visuels permettant aux spectateurs de mieux saisir la gravité de leur situation et de ce qu'ils ont vécu.  

« La situation des femmes en prison et une fois qu'elles sont sorties est très différent de ce que vivent les hommes. Les femmes qui ont été arrêtées portent des stigmates très lourds à leur sortie. Celles qui ont été agressées sexuellement sont couvertes de honte », ajoutait Mme Kahale.

Prise de responsabilité

Comme l'a souligné M. Darwish, sans une prise de responsabilité et sans justice transitionnelle, il ne peut y avoir de paix durable en Syrie. Ne pas demander des comptes aux criminels reviendrait à créer un précédent et enverrait un signal néfaste aux auteurs de crimes dans d'autres pays.

« La reddition de comptes est un important message envoyé à la Syrie et aux autres pays coupables de crimes contre l'humanité ».

M. Darwish a également insisté sur l'importance de voir les « victimes endosser le rôle de survivants » et d'encourager les détenus syriens et leurs familles de s'engager dans la lutte pour la justice contre les auteurs de ces crimes en témoignant auprès d'organisations comme le Centre syrien pour la liberté des médias et de d'expression, qui œuvrent pour amener les criminels à répondre de leurs actes.  

Paix et réconciliation

Pour la Syrie, outre l'obtention des fonds nécessaires à la reconstruction, il est urgent de mettre en place le processus de justice transitionnelle et d'établir la responsabilité criminelle des auteurs présumés. Pour Mme Kahale, les entités de financement doivent faire preuve de la vigilance appropriée afin de veiller à ce que leur intervention « soit de nature à soutenir les droits de l'homme, la paix et la justice ».

Et de conclure, « inonder le pays d'argent pour la reconstruction ne ramènera pas la stabilité. Pour instaurer la cohésion sociale et le dialogue, il faut un environnement sûr, où les personnes ne craignent pas de faire l'objet de répercussions, comme la détention. »