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Défendre les droits de l'homme des réfugiés syriens au Liban

30 juin 2020

L’Access Centre for Human Rights concentre ses activités sur la région de Bekaa qui compte le plus grand nombre de réfugiés par habitant. Le Centre a compilé une base de données qui documente les atteintes aux droits de l'homme.

L’Access Centre for Human Rights (ACHR) a beau n’exister que depuis le début de l’année, cette organisation, initialement basée sur le bénévolat et composée de militants de la société civile, d’avocats et de journalistes, accomplit un travail indispensable qui consiste à surveiller et à consigner les violations des droits de l'homme dont sont victimes les réfugiés syriens au Liban. Elle est la seule organisation locale à se consacrer à cette tâche.

Selon les derniers chiffres publiés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, 892 310 réfugiés syriens sont recensés au Liban, soit près d'un quart de la population totale. La présence aussi massive de réfugiés pèse lourdement sur un pays qui se caractérise déjà par un environnement politique volatile, qui traverse actuellement une crise économique sans précédent doublée d’une grave crise bancaire, dont la devise est en chute libre et dont plus de la moitié de la population vit désormais dans la pauvreté.

Tous ces éléments réunis donnent lieu à une situation très complexe pour les réfugiés syriens, déjà fortement vulnérables pour la plupart. Leur quotidien est source d’obstacles et de difficultés insurmontables et ils ne sont jamais à l’abri de voir leurs droits bafoués. Les réfugiés non seulement suscitent un profond ressentiment chez les Libanais, eux-mêmes touchés par une énorme crise économique, mais ils subissent également une pression considérable de la part des autorités qui les poussent à rentrer en Syrie, malgré les dangers inhérents à un retour dans leur pays.

Système de plaintes en ligne pour surveiller les abus à l’encontre des réfugiés

Incontournable outil de travail développé grâce au soutien du FEDEM, la base de données de l’Access Center recense et documente les atteintes aux droits de l'homme dont sont victimes les réfugiés. L’équipe du Centre a classé en différentes catégories les violations subies par les réfugiés dans le pays : torture, arrestation et détention arbitraires, déportation forcée, négligence médicale, discrimination fondée sur la race ou les croyances, discours de haine, violence ou incitation à la violence, confiscation de documents, expulsions forcées ou menaces d’expulsion, pour n’en citer que quelques-unes. Si le Centre concentre son activité sur la plaine de la Bekaa qui compte le plus grand nombre de réfugiés par habitant, il opère également dans tout le pays.

Les victimes peuvent se connecter et accéder au formulaire en ligne à travers le navigateur de leur ordinateur ou téléphone portable et signaler les violations de leurs droits dont ils sont victimes. Des bénévoles présents dans les différents camps de réfugiés de la plaine de la Bekaa aident les victimes à remplir le formulaire et à recouper les informations afin de garantir leur exactitude et leur pertinence.

Toutes les informations reçues sont analysées et classées par les chercheurs du Centre qui publient leurs résultats et conclusions sous forme d’infographie, de communiqués de presse, de documents de synthèse et de rapports spéciaux portant sur des violations spécifiques. Expulsion forcée, déportation arbitraire, ainsi que l’accès à l’éducation et à l’emploi pour les Syriens comptent parmi les principaux sujets de recherches menées par l’équipe cette dernière année. La vigilance et la documentation en matière des droits de l'homme servent ensuite à l’élaboration de campagnes ciblées. L’an passé, avec d’autres ONG et défenseurs des droits des réfugiés syriens, le Centre a réuni au Liban une délégation de défenseurs des droits de l'homme qui s’est rendue dans les ambassades et organisations internationales, ainsi qu’aux ministères libanais des Affaires sociales et de l’Emploi. Ensemble, ils ont également rejoint une délégation à Genève en marge de la 42è session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

ACHR Graphic

Covid-19 et son impact sur les réfugiés syriens au Liban

La pandémie de Covid-19 est venue aggraver la situation des réfugiés. Avec un tiers des réfugiés vivant dans des tentes ou dans des solutions d’hébergement provisoires comme des corps de ferme, où l’eau est rare, il leur est impossible de respecter les mesures de distanciation physique et de lavage des mains. Sans surprise, les restrictions mises en place par le gouvernement pendant la pandémie de Covid-19, comme les postes de contrôle érigés prétendument pour des raisons de santé publique, ont dans les faits suscité une recrudescence du nombre de violations dénoncées par les réfugiés.

Le Centre a observé de nombreux exemples illustrant une situation qui se détériore de manière préoccupante. Mohammad Hasan, Fondateur et directeur exécutif de l’ACHR, observe que sur les 83 cas signalés ces dernières semaines, la plupart concernent des cas de restrictions à la circulation, d’expulsions forcées, de descentes organisées dans les camps et de violences physiques sur les réfugiés.

« Avec le confinement, le contrôle des camps de réfugiés de la plaine de la Bekaa s’est intensifié. Le nombre de postes de contrôle a augmenté, surtout à proximité des camps. Les résidents sont terrifiés à l’idée de passer ces points de contrôle. Plus de 73 % des réfugiés n’ont pas de permis de séjour et les autorités ont expulsé de force plus de 2 731 personnes entre mai et août 2019 », rapporte Nabila El-Hamwi, chef de projet et chercheuse au Centre, qui poursuit en expliquant que les obstacles bureaucratiques sont tels qu’il est impossible pour les réfugiés sans papier d’obtenir un permis de séjour.

Les postes de contrôle entravent par ailleurs les déplacements des réfugiés pour se rendre sur leur lieu de travail. La plupart d’entre eux ont un travail instable, occasionnel et rémunéré à l’heure, en tant que manœuvres ou ouvriers dans le bâtiment. Si leur situation financière était déjà précaire avant la crise de la Covid-19 (les réfugiés sont rarement payés au taux minimum légal et nombre d’entre eux avaient déjà plusieurs mois de retard de loyer), d’innombrables familles sont désormais menacées d’expulsion, n’ayant plus aucune source de revenu.

Par ailleurs, les réfugiés rechignent à consulter un médecin en cas d’apparition des symptômes de la Covid-19, voulant éviter d’attirer l’attention des autorités et de passer les postes de contrôle, conscients qu’ils pourraient tomber sous le coup d’une expulsion si leurs papiers ne sont pas en règle.

ACHR2

Travail difficile dans un contexte difficile

Comme le souligne Layan Al-Dani, directeur du programme à l’Access Center, les réfugiés sont véritablement terrifiés par la menace de déportation qui pèse sur eux. « Le retour des réfugiés est une question très sensible. Il doit être volontaire et se dérouler dans un contexte garantissant la sécurité et la dignité. Ces derniers mois, nous avons consigné de nombreuses atteintes à cet égard. Nous avons déploré des descentes dans les camps et des arrestations qui se déroulent le week-end, en l’absence de témoins. Nous suivons également la situation des réfugiés bloqués à la frontière. »

Mohammad reconnaît que les missions d’observation des atteintes aux droits de l'homme, notamment dans un contexte tendu et fragile, sont difficiles, tant sur le plan opérationnel que psychologique. L’accès aux différentes zones du pays est parfois compliqué. Le Centre s’est également vu refuser son enregistrement officiel au Liban, ce qui complique son fonctionnement quotidien et l’empêche de se projeter pour l’avenir. Les membres de l’équipe, essentiellement Syriens, ont bénéficié d’un soutien psycho-social pour les aider à surmonter les traumatismes causés par leur travail quotidien.

Mais l’équipe reste déterminée dans son action et sa volonté de défendre les droits fondamentaux des réfugiés syriens vivant au Liban. Et Mohammad de conclure, « tant de personnes et d’organisations ont peur de dénoncer ces violations, craignant les représailles juridiques dont elles pourraient faire l’objet. Mais ces violations doivent être signalées et condamnées. Notre travail a un réel impact sur la communauté des réfugiés et il permet de sensibiliser la population sur la question des atteintes aux droits de l'homme dont sont victimes les réfugiés. »

 

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