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Défendre les droits de l'homme des Syriens dans la région du Deir-ez Zor

2 juillet 2020

L’organisation Justice for Life est la seule organisation à se consacrer à la défense des droits de l’homme dans le gouvernorat de Deir ez-Zor. Au cours des cinq dernières années, l’équipe a documenté des centaines de violations des droits de l'homme dans la région.

Bien avant l’éclatement du conflit dévastateur en Syrie, le gouvernorat de Deir ez-Zor, au nord-est du pays, proche de la frontière irakienne, était l’un des plus pauvres du pays, éternelle victime de la négligence du gouvernement central. Trois années sous le joug autoritaire de l’État islamique n’auront pas manqué de traumatiser et de dévaster davantage une société déjà connue pour son conservatisme et régie par un système de tribus.

Justice for Life (JFL) est une ONG de défense des droits de l’homme qui opère dans la zone d’administration autonome kurde de la région de Deir ez-Zor. Fondée en 2015 par un groupe de militants de la société civile ayant participé au mouvement de contestation de 2011, l’ONG consacrait à l’origine l’essentiel de ses efforts au suivi des droits de l’homme et à la documentation des violations. Avec le retrait de l’État islamique en 2017, l’organisation a recentré ses activités sur la pacification et le renforcement des compétences. Aujourd'hui, Justice for Life est la seule organisation de défense des droits de l'homme à travailler dans le gouvernorat et elle s’est dotée d’équipes qui opèrent tant à l’intérieur qu’en dehors de la Syrie.

Instaurer une culture des droits de l’homme

Depuis 2015, Justice for Life a documenté des centaines de violations des droits de l'homme aussi diverses que variées, pouvant prendre la forme d’actes de tortures, d’exécutions extrajudiciaires, d’indigences sanitaires et de malnutrition. L’organisation collabore avec des organes internationaux de défense des droits de l'homme, comme le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à qui elle présente régulièrement ses conclusions.
Grâce au soutien du FEDEM, Justice for Life tire parti de ses précédents programmes de sensibilisation à la défense des droits de l'homme et à la démocratie et dispense des formations adressées aux femmes et aux jeunes. Comme l’a expliqué le directeur de Justice for Life, si le sujet des droits de l'homme est globalement complexe en Syrie, il l’est d’autant plus dans le gouvernorat de Deir ez-Zor.

« Dans cette société, les droits de l'homme sont stigmatisés et considérés comme un concept étranger découlant d’une culture différente et qui ne cadre pas avec nos normes culturelles. Les défenseurs des droits de l'homme sont généralement des jeunes qui ont été exposés aux idées et notions provenant de l’étranger. Ils sont souvent confrontés à une farouche opposition et sont menacés par toutes les parties au conflit. En tant que défendeurs des droits de l'homme, nous ne pouvons pas prendre parti, ce qui complique grandement notre tâche. N’oublions pas que la situation est encore très critique dans tout le pays, et en particulier dans le nord-est. La priorité reste la sécurité et l’assistance humanitaire. »

Consciente de ces facteurs, Justice for Life a pris le parti de toujours adapter ses interventions aux besoins locaux, et l’association se montre très critique à l’égard des programmes similaires qui ne tiennent pas compte du contexte local.

L’équipe a élaboré un questionnaire envoyé à plus 850 personnes et organisé des entretiens et des groupes de réflexion. Les programmes de formation de Justice for Life intègrent les résultats de cette étude.

« Notre objectif visait à explorer la culture locale et à utiliser cette dernière comme un point d’accès pour sensibiliser les populations à la question des droits de l'homme. Nous avons étudié le patrimoine, l’idéologie et l’histoire de la région. Nous avons identifié les figures historiques du monde arable ayant activement défendu les droits de l'homme, des personnages auxquels les Syriens peuvent s’identifier et qui représentent les principes internationaux des droits de l'homme », précise le directeur.

Aujourd’hui, Justice for Life réalise des vidéos expliquant le concept des droits de l'homme à travers un langage simple et abordable, facilement compréhensible par les communautés locales. Ces vidéos tiennent compte des mentalités locales et l’organisation travaille actuellement à la réalisation d’une série de fiches d'information sur des thèmes similaires.
 

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Rendre les femmes et les personnes déplacées maîtres de leur destin

Les femmes et les personnes déplacées représentent quelque 12 % de la population de la région. Confrontées particulièrement durement aux difficultés liées à cette société traditionnelle et patriarcale, elles sont souvent les groupes les plus actifs dans la sensibilisation aux droits de l'homme et l’engagement civique. Comme l’explique un représentant de Justice for Life, il est très difficile pour les femmes de jouer un rôle actif dans la vie sociale, économique et politique de cette société, et beaucoup d’entre elles considèrent que l’émancipation des femmes ne cadre pas avec leur culture locale. Il reconnaît que l’élaboration d’un contenu de formation cohérent et adéquat, capable d’aborder des sujets aussi sensibles, n’a pas été facile.

Grâce au soutien du FEDEM, Justice for Life organise désormais des séances de formation axées essentiellement sur l’émancipation politique, auxquelles assistent actuellement 10 participants sur une période de 36 jours. Les formations portent sur des sujets variés, comme les élections et le pluralisme politique, la participation des femmes aux processus politiques, les rôles liés aux genres, la justice transitionnelle, les droits de l'homme et les concepts de liberté.

L’équipe de Justice for Life est convaincue de l’efficacité de son approche. « Nous voyons évoluer les perceptions, les opinions et les mentalités. Nous voyons que les participants sont plus ouverts au changement lorsqu’ils sont dotés du savoir qui leur permet de défendre leurs droits. Bien entendu, ce genre d’initiative ne peut s’accompagner de résultats immédiats tangibles. C’est une approche à long terme. Mais nous devons continuer à bâtir pour notre pays un avenir qui repose sur la démocratie, les droits civiques et la liberté. »