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Ashraf Al Hafny

4 July 2017

Caresse d'une rose: Travail de proximité auprès de réfugiés syriens au Liban

Le nord du Liban abrite quelques-uns des réfugiés syriens les plus vulnérables et les plus démunis. Un ancien travailleur humanitaire les aide à reprendre confiance et à se préparer pour la reconstruction de leur pays, une fois que la paix sera revenue.

Ashraf Al Hafny © Małgorzata & Krzysztof Pacuła

Jusqu'en 2011, Mohamad Ashraf Al Hafny assurait un soutien psychologique aux réfugiés irakiens en tant que travailleur humanitaire pour la Croix-Rouge syrienne.

Six ans plus tard, le voilà lui-même réfugié et il met à profit son expérience en gestion des catastrophes pour aider ses compatriotes. Les Syriens ayant trouvé refuge au Liban depuis l'éclatement du conflit sont au nombre de 1,1 million, et Mohamad est l'un d'entre eux. Comme il le faisait auparavant pour les réfugiés irakiens, Mohamad tente d'apaiser l'angoisse des ressortissants syriens qui ont vu leur vie anéantie par la guerre.

Mohamad a fondé Lamsat Ward en 2012. L'organisation assure des services de soutien psychologique, ainsi que des activités de sensibilisation. Elle s'adresse aux réfugiés syriens les plus vulnérables, y compris les jeunes qui ont du mal à trouver leur place au Liban.

Le groupe est établi dans le district de Tripoli, une ville située dans le nord du Liban et qui abrite une importante population syrienne. De nombreux réfugiés syriens vivent également dans des camps voisins.

Lamsat Ward bénéficie actuellement d'une aide financière de l'EED pour l'initiative Katatib, un « centre social » qui propose des activités éducationnelles et culturelles. Proposées dans un centre de la ville de Tripoli, les activités s'adressent essentiellement aux jeunes. Le centre est devenu un lieu chaleureux et rassurant, loin des terribles difficultés que vivent les réfugiés syriens.

Le district de Tripoli est une région volatile et économiquement défavorisée qui a été le théâtre d'épisodes de violence répétés depuis la fin de la guerre civile du Liban. L'arrivée massive des réfugiés syriens n'a fait qu'accroître les tensions et met à rude épreuve les ressources déjà limitées. Comme le précise Mohamad, l'absence de perspectives et d'opportunités rend les jeunes réfugiés particulièrement vulnérables à la radicalisation et à la violence sociale.

« C'est pour cela que nous voulions créer un espace préservé, loin de toute influence politique, où les jeunes issus de milieux différents peuvent apprendre et partager des idées ensemble. »

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Lors d'une récente visite du centre, nous avons rencontré plusieurs bénévoles, membres de personnel et jeunes qui participent aux diverses activités proposées. L'une des activités consiste à sensibiliser les jeunes Syriens et Libanais au concept d'éducation civique et d'esprit critique et aux principes démocratiques. Pendant les cycles de formation de trois mois, les participants apprennent à analyser ce qu'ils lisent et entendent, et sont encouragés à chercher des sources d'information fiables au cœur d'un conflit qui a profondément polarisé leur pays.

Mohamad et ses bénévoles veulent aider les jeunes réfugiés à s'assumer et leur donner les outils dont ils ont besoin pour participer activement à la reconstruction de la future Syrie, une fois la paix revenue.

L'une des femmes bénévoles nous a expliqué que l'un des aspects de l'initiative qui l'avait séduite était que le centre ne se contentait pas de proposer des activités sociales et récréatives, mais « qu'il osait aborder » des questions sociales et politiques.

« Il n'y a aucun tabou ici », précise-t-elle. « Ce qui compte, c'est que nous puissions approfondir nos connaissances tout en ayant la liberté de nous faire notre propre opinion. Pour résumer, c'est de la politique dénuée de toute idéologie. »

Le programme de formation n'est qu'une des composantes de l'initiative. Par exemple, le groupe organise régulièrement des projections de films, suivies de discussions, l'occasion pour les spectateurs d'exprimer leur opinion sur les questions soulevées par le film, et de partager leur propre histoire. Il organise également des séances de lecture et accueille des conférences culturelles. Le centre dispose d'une bibliothèque réunissant un grand nombre d'ouvrages, d'outils informatiques et d'un café culturel adjacent où les visiteurs issus de différents milieux peuvent discuter et échanger.

Mo’men est bénévole au centre depuis plusieurs mois et dirige le ciné-club. Le club organise actuellement une projection par semaine, suivie d'une séance de discussion.

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« Nous abordons les sujets sous différents angles et appliquons un ensemble de critères très stricts de sélection des films », explique-t-il. « Les films doivent faire passer un message clair. »

« J'ai commencé à venir en tant que spectateur et puis j'ai eu envie de m'impliquer. Le centre fait maintenant partie de ma vie ; ma place est ici. »

Avec son approche inclusive, le centre est le premier du genre dans cette région.

« Je pense que le centre est véritablement unique dans le nord du Liban. Nous y organisons des activités en continu et nous adressons à la fois aux Syriens et aux Libanais », souligne la chef de projet Asma, elle-même libano-syrienne vivant à Tripoli depuis cinq ans.

Les jeunes sont invités à s'impliquer dans l'organisation du centre et à animer des activités. Cela permet aux Syriens d'acquérir une précieuse expérience professionnelle dans un pays où ils ne sont pas autorisés à travailler.

« Nous essayons d'instiller chez les jeunes un sens des responsabilités », déclare Mohamad. « Ils sont nombreux à avoir déjà assisté à des séances de formation dispensées par d'autres organisations de la société civile, mais ils n'ont jamais eu l'occasion de mettre en pratique ce qu'ils ont appris. »

Mustafa est l'un de ses étudiants. Diplômé en finance, il est désormais le comptable de l'organisation. Au départ simple assistant, il a repris le flambeau quand le comptable est parti au bout de deux mois.

« J'ai dû prendre le train en marche » déclare-t-il, le sourire aux lèvres. « C'est une grande responsabilité mais elle m'aide à mûrir et à acquérir une expérience professionnelle que j'aurais eu beaucoup de mal à obtenir. »

Comme l'explique Mohamad, Lamsat Ward signifie « caresse d'une rose » en arabe. Et de conclure : « L'idée est que cette rose fera bientôt de nouvelles fleurs. Elle symbolise un nouveau départ ».

Auteur collaborateur: Claire Bigg

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Crédit photos: Makram Al Halabi © EED