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Majd Chourbaji

25 November 2016

Une place faite aux femmes pour une Syrie démocratique

La militante pour la paix Majd Chourbaji dirige Basamat for Development, une ONG syrienne soutenue par l’EED, qui œuvre pour les femmes au Liban.

Majd Chourbaji © Majd Chourbaji

Face au sourire chaleureux et à la sérénité de Majd Chourbaji, on ne devinerait jamais que cette femme a vécu les atrocités de la guerre, la torture, l’assassinat de son mari et un séjour de sept mois en prison dans des conditions tellement inhumaines que la plupart d’entre nous en seraient sortis brisés.

Ardente défenseure de la réforme de son pays, la Syrie, Majd Chourbaji, fut arrêtée par les forces du gouvernement en 2012 après avoir participé à l’organisation de manifestations pacifiques contre le régime du président Bashar al-Assad dans sa ville natale, Darayya. Son époux fut arrêté quelques heures plus tard alors qu’il était venu demander sa libération.

« Ils ont arraché mon voile et mon frappée à plusieurs reprises, à tel point que mon visage était couvert de sang », raconte Majd. « Je leur répétais que j’étais pacifiste et que je n’avais rien à voir avec l’armée rebelle, mais ils ont fait entrer mon mari et l’ont torturé devant moi. Ils ont continué ainsi pendant 10 jours. »

Majd Chourbaji a passé les sept mois suivants enfermée dans une cellule de 4 mètres carrés avec 20 autres femmes.

« Nous étions tellement entassées les unes sur les autres que nous ne pouvions nous asseoir qu’à tour de rôle » se souvient-elle. « Ils nous laissaient sortir seulement trois fois par jour pour aller aux toilettes. Nous avions 10 secondes chacune. Il arrivait que des femmes dussent se soulager dans la cellule. »

Majd ajoute que les prisonnières n’avaient droit qu’à une douche tous les trois mois, n’avaient accès à aucun produit hygiénique et ont porté les mêmes vêtements tout le temps qu’a duré leur détention.

Après avoir coordonné une grève de la faim collective qui se solda par la libération de plus de 80 femmes, dont elle faisait partie, Majd Chourbaji a trouvé refuge au Liban voisin avec ses trois enfants. Elle n’a jamais revu son mari ; il est mort en prison, victime de torture, huit mois après la libération de Majd.

Plus déterminée que jamais

Au lieu de l’anéantir, Majd Chourbaji confie que la prison n’a fait que renforcer sa détermination à lutter contre le régime d’Assad par des moyens pacifiques.

C’est ainsi que ce bout de femme de 35 ans a créé l’ONG Basamat for Development dans la Vallée de la Bekaa au Liban, afin de soutenir les Syriennes qui, comme elle, ont fui la dévastation de leur pays.

Les 15 employées de Basamat sont toutes des réfugiées syriennes. Majd Chourbaji est convaincue que les épreuves qu’elles ont traversées depuis le début de la guerre civile de Syrie en 2011 sont ce qui permet à l’organisation de répondre aussi efficacement aux besoins des femmes déplacées par le conflit.

« En l’état actuel des choses, personne ne comprend aussi bien les Syriens que les Syriens » explique Majd. « Les groupes d’aide internationaux qui travaillent auprès des réfugiés ne prennent pas toujours notre culture et notre religion en considération, c’est pourquoi de nombreux réfugiés ne leur font pas confiance. »

Point central

Fondée en 2014 et soutenue par l’EED, l’organisation Basamat est déjà devenue un point central pour de nombreuses femmes syriennes qui se retrouvent à Saadnayel, une ville frontalière du Liban où a été établi un vaste camp de réfugiés.
Entre 350 et 400 femmes se rendent au centre chaque mois.

Basamat, qui signifie « empreinte digitale » en arabe, organise des événements culturels et sociaux très variés afin d'instiller un sentiment de communauté parmi les déplacés syriens. L’organisation dispense également des séances de formation pour les femmes réfugiées, dont la plupart ont perdu leur époux à la guerre et doivent désormais se débrouiller seules pour la première fois de leur vie.

Les réfugiés n’ont pas le droit de travailler au Liban et la grande majorité vit dans une extrême pauvreté. Grâce aux formations de Basamat, Majd Chourbaji affirme que certaines femmes syriennes à Saadnayel ont pu se prendre en charge et gagner un peu d’argent en démarrant des activités informelles depuis la maison, comme coiffeuses, infirmières ou couturières.

« Même si les femmes ne peuvent pas trouver d’emploi, l’apprentissage de nouvelles compétences leur donne confiance en elles ».

À Basamat, les femmes syriennes peuvent s’inscrire à des cours de français et d’allemand, tandis que celles qui sont illettrées, peuvent apprendre à lire et à écrire en arabe. Elles sont invitées à écrire des articles pour le mensuel de Basamat et à assister à des ateliers sur la citoyenneté et la construction de la paix.

Les femmes ont besoin de s’exprimer, elles doivent être plus impliquées dans les prises de décision » insiste Majd. « Ce sont les femmes qui joueront un rôle central dans le retour à la paix en Syrie et dans la reconstruction de notre pays après la guerre. »

L’ONG apporte aussi un soutien psychologique pour aider les femmes et leurs enfants à se remettre du traumatisme de la guerre. La plupart des femmes syriennes à Saadnayel ont perdu des êtres chers dans le conflit, y compris des enfants, et certaines d’entre elles ont été victimes de viol.

Selon les estimations, la guerre en Syrie aurait ce jour coûté la vie à 400 000 personnes et entraîné le déplacement de la moitié de la population du pays, déclenchant la pire crise de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Et bien que les images de bombardements des villes syriennes et de réfugiés totalement démunis sont diffusées en boucle sur les écrans de télévision, la réponse humanitaire a été cruellement inadaptée, y compris au Liban.

« Nous sommes une jeune organisation et nous savons que nous avons encore beaucoup à apprendre », déclare Majd.
« Mais quand nous demandons de l’aide pour nous permettre d’améliorer nos services, la réponse qui nous est habituellement faite par les donateurs est qu’ils ne financent que des initiatives soutenues par les Nations unies. C’est un coup dur pour nous. »

Un financement salvateur

Pour Majd Chourbaji, le parrainage de l’EED a été fondamental dans le démarrage de Basamat. L’aide reçue lui a permis de développer son organisation afin d’étendre les activités proposées tout en conservant l’approche syrienne qui lui est propre et qui distingue Basamat des autres groupes d’aide à Saadnayel.

« Souvent, les donateurs imposent leurs propres programmes ou leurs propres façons de faire », déplore Majd. « L’EED a toujours respecté notre opinion et notre perception de ce qui nous paraissait être mieux pour ces femmes et les enfants. »

Majd, qui était directrice d’école à Darayya avant la guerre, a également ouvert deux écoles au Liban qui comptent actuellement pas moins de 2 000 enfants syriens déplacés.

En 2015, Majd s’est vu décerner le prix International Women of Courage (Femmes de courage) par le Département d’État des États-Unis et en mars 2016, Oxfam lui remettait son prix Right the Wrong Award pour ses efforts en faveur d’un changement durable pour les réfugiées syriennes.

Par Claire Bigg

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