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Green Leaf

17 May 2022

Activisme écologique et anti-corruption en temps de guerre

Une ONG d’Odessa, qui défend l’écologie et lutte contre la corruption, documente les délits environnementaux et continue d’encourager une culture de la transparence et de la reddition des comptes en cette trouble période de guerre.

Цей матеріал також доступний українською

Vladyslav Balinskyi, directeur de l’ONG Green Leaf n’a pas été surpris par l’invasion des troupes russes le 24 février. Ce qui l’a surpris, en revanche, c’est le moment choisi pour le faire.

« Je savais depuis longtemps que la guerre finirait par éclater. C’est dans la continuité de tout ce qu’il se passe depuis 2014. Je me suis rendu plusieurs fois dans le Donbass ces dernières années. Je sais comment ça se passe là-bas et je suis au courant de la guerre de l’information qui s'y joue. Mais je ne m’attendais pas à ce que la Russie passe à l’offensive maintenant. Je pensais qu’elle attendrait l’été et les beaux jours », reconnaît-il.

Vladyslav ne manque pas de remarquer que ce 2 mai marquait le huitième anniversaire du tragique incendie de la Maison des syndicats à Odessa qui avait coûté la vie à 48 personnes. Cet acte odieux fut l’apogée de ce qu’il décrit comme étant la campagne russe avortée qui visait à créer la nouvelle Russie dans tout le Sud et l'Est de l'Ukraine, un projet que, d’après lui, la Russie a remis sur la table aujourd'hui.

Vladyslav reconnaît que fin février, sa première préoccupation fut la sécurité de sa famille et de son équipe, et il n’a pas attendu pour mettre sa propre famille et plusieurs autres à l’abri.

« Une fois que je les savais en sécurité, je me suis mis au travail », confie-t-il au FEDEM lors d'un entretien depuis son bureau, à Odessa, une réaction qui n’étonnera personne de la part de cet ingénieur en biochimie qui est l’un des activistes les plus célèbres et les plus respectés à Odessa. Comme il le fait remarquer, l’attribution d’une aide supplémentaire par le FEDEM à Green Leaf était alors vitale.

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Travail d’observateur en temps de guerre

Vladyslav et son équipe endossent depuis longtemps de rôle de gendarme des pouvoirs publics dans cette ville tristement célèbre pour la corruption qui y règne et ils se sont battus pour faire émerger une culture de la responsabilisation. Malgré la guerre, l’équipe continue de surveiller les agissements et les dépenses de la mairie et publie ses conclusions sur son site Web. Le travail de l’organisation s’est avéré être très efficace.

« Nous avons, par exemple, découvert que les autorités avaient pu économiser 1 milliard de hryvnias et malgré cela, elles n’apportait un financement qu’à hauteur de 5 millions de hryvnias. Lorsque nous avons publié cet article, elles ont immédiatement annoncé un financement supplémentaire de 100 millions de hryvnias », relate Vladyslav.

 En cette période de guerre, cependant, l’équipe a adopté une approche plus souple et contacte désormais en premier lieu les pouvoirs publics afin de leur demander des comptes sur les dépenses injustifiées ou les gaspillages constatés. « Ce n’est que lorsqu’ils font la sourde oreille que nous faisons une déclaration ou publions des articles », poursuit Vladyslav.

Surveillance environnementale

L’équipe a également commencé à réunir des informations sur les cas de délits environnementaux perpétrés par les forces russes, à savoir la pollution due aux explosions, la destruction des infrastructures, la pollution atmosphérique, la pollution toxique de l’eau et la dégradation des écosystèmes naturels.

Sur sa page Facebook, l’organisation invite les citoyens à signaler les délits environnementaux directement à Green Leaf et au ministère de l’Environnement ukrainien, et informe ses abonnés des changements apportés à la loi en matière d’environnement.

Vladyslav explique que depuis la création de Green Leaf en 2017, l’organisation a publié de nombreux articles sur l’écologie et l’environnement pertinents sur le plan local et national, attirant l’attention de spécialistes et de journalistes formés pour identifier les crimes contre la nature. Ces journalistes travaillent désormais dans toute la région d’Odessa, y compris dans les zones de guerre, à leurs risques et périls car s’ils ont une accréditation, ils n’ont pas pour autant droit à la moindre protection de la part du ministère de la Défense ukrainien.

Le 12 avril dernier, comme chaque année, Green Leaf a organisé une opération de plantage d’arbres pour les habitants d’Odessa, dans le cadre de l’événement « Jardins de la victoire » qui se tenait dans les établissements scolaires des villes non occupées d’Ukraine.

Vladyslav sait que cette initiative a été très appréciée par les habitants. « Il n’est pas facile d’organiser quoi que ce soit dans le contexte actuel, mais les participants étaient nombreux. Nous avons planté 30 arbres. Les gens ont besoin d’événements positifs en ce moment », insiste Vladyslav.

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Appuyer les actions des bénévoles

Green Leaf assure également une assistance logistique pour les bénévoles qui sont très mobilisés à Odessa qui est devenu un important point de convergence pour les réfugiés qui fuient les villes alentour, comme Kherson et Mykolayiv. L’organisation participe également à l’effort de guerre.

Elle a récemment publié un guide pour l’importation légale de secours humanitaires dans le pays. « Même en temps de guerre, il convient de respecter la loi. Nous essayons d’aider les autres à travailler mieux et plus efficacement », renchérit Vladyslav.

Nouveau centre d’information sur la crise

Vladyslav se consacre actuellement à la création d’un centre d’information sur la crise à Odessa. Il pointe en direction de l’équipement que lui et son équipe ont déjà réuni et annonce au FEDEM qu’ils ont trouvé des journalistes bénévoles qualifiés et un espace pour abriter le centre.

« De nombreux journalistes n’ont plus de travail et la demande à l’égard d’informations fiables et indépendantes sur le conflit est énorme. Il nous paraît important d’être l'interlocuteur privilégié plutôt que de laisser la mairie s’en charger. Nous avons déjà créé le site Web et une chaîne YouTube. Nous attendons maintenant de récolter des fonds pour lancer les opérations. Ce centre d’information est destiné aussi à aider le travail de la société civile dans notre région » conclut Vladyslav.

Cet article reflète les opinions des personnes bénéficiaires de subventions et non pas forcément la position officielle du Fonds européen pour la démocratie (FEDEM), de la Commission européenne, des États européens ou de bailleurs de fonds.