#FirstPersonStories

Apply for support
A selection of #FirstPersonStories © European Endowment for Democracy
Back to #FirstPersonStories

Inanç Misirlioğlu et Sivil Sayfalar

16 August 2021

Un forum permettant à la société civile d’être vue et entendue

Civil Pages est un espace public unique pour la société civile en Turquie, qui jette des ponts entre les militants, les organismes publics et le secteur privé, tout en promouvant le pluralisme dans un espace civique de plus en plus restreint.

Inanç Misirlioğlu, la co-fondatrice de Civil Pages (ou Sivil Sayfalar en turc), croit en une société turque véritablement démocratique et inclusive. C’est cette conviction qui l’a poussée en 2015 à créer Sivil Sayfalar avec sa collègue journaliste Emine Uçak Erdoğan, sous la forme d’une plateforme médiatique indépendante pour la société civile.

Inanç Misirlioğlu jouit d’une grande expérience au sein de la société civile turque. Elle faisait partie des nombreux manifestants poursuivis en justice à la suite des manifestations du parc Gezi de 2013 à Istanbul, qui avaient commencé par des sit-ins de protestation contre l’urbanisation du parc, pour ensuite évoluer en un mouvement de plus de 3 millions de personnes à travers le pays, mouvement violemment réprimé par les autorités. De nombreux manifestants, dont Mme Misirlioğlu, ont par la suite fui le pays.

Aujourd’hui, elle vit avec sa famille en Allemagne et elle fait partie des milliers de militants dont la vie a été bouleversée par la dérive autoritaire observée en Turquie ces quinze dernières années. Nombre de ses collègues et amis purgent des peines de prison, certains risquant la prison à vie. Elle explique que la société civile dans son ensemble s’inquiète de la situation en Turquie et qu’en raison de la restriction toujours plus forte de l’espace civique, il est de plus en plus difficile pour les militants d’agir.

De nouveaux outils et plus de visibilité pour la société civile

Il y a six ans, Civil Pages a décidé de prendre le problème à bras le corps. L’organisation est depuis connue pour promouvoir le pluralisme et jeter des ponts entre la société civile et les décideurs politiques, les médias et le public. Elle est désormais la plateforme la plus consultée par les organisations de la société civile et elle a démontré sa pertinence en tant qu’unique espace public pour la société civile en Turquie.

Mis en place à l’origine dans le cadre d’un projet de la Fondation YADA visant à encourager le dialogue entre la société civile, les organismes publics et le secteur privé – YADA étant elle-même une organisation qui œuvre au renforcement des capacités de la société civile –, le soutien du FEDEM a contribué à l’établissement de Civil Pages en tant qu’association indépendante.

« L’indépendance est très importante, afin de n’être liée à aucune organisation et de pouvoir être à équidistance de tous les segments de la société civile », explique Mme Misirlioğlu lors d’un entretien accordé au FEDEM.

Elle précise que Civil Pages joue un rôle essentiel à une époque où il est de plus en plus difficile pour la société civile de se faire entendre dans les médias traditionnels. Civil Pages permet aux journalistes de rencontrer des organisations de la société civile et d’établir des relations avec elles pour la création de contenu. Mme Misirlioğlu et Mme Uçak utilisent tous les médias à leur portée – des podcasts aux vidéos, en passant par les réseaux sociaux et la visualisation de données notamment sous la forme d’infographies et de fiches explicatives basées sur des rapports produits par la société civile.

L’équipe s’emploie par ailleurs à renforcer les capacités de communication des organisations de la société civile. « Nous prévoyons d’organiser des ateliers avec des organisations de différentes régions de la Turquie, afin de les aider à améliorer leurs compétences de rédaction, en particulier pour les contenus destinés à la presse. L’objectif est qu’elles puissent écrire dans un langage plus accessible pour le grand public, plutôt que d’utiliser des termes plus techniques », ajoute-t-elle. Cette démarche permettra aux associations d’accroître leur visibilité dans les médias via le portail de Civil Pages.

Consciente de l’importance d’étendre la portée et le public de Civil Pages au-delà de la Turquie, l’équipe a commencé à publier plus de contenu en anglais, notamment des bulletins d’information et des publications sur les réseaux sociaux.

« Il est essentiel que des personnes vivant en dehors de la Turquie prennent connaissance de notre projet », affirme Mme Misirlioğlu. « C’est ainsi que nous pourrons combler le fossé qui sépare la société civile locale en Turquie et les institutions internationales. » L’équipe a également lancé un bulletin d’information mensuel en anglais.

La Convention d’Istanbul et la lutte pour l’égalité des sexes

Plus tôt cette année, le 22 mars, la Turquie a annoncé son retrait de la Convention d’Istanbul, un traité international qui protège les droits des femmes.

Cette décision a déclenché des manifestations partout dans le pays. Civil Pages, avec l’appui du FEDEM, a organisé des réunions entre des organisations de la société civile et des partis politiques qui, pour certains, travaillent sur les questions ayant trait aux femmes, et, pour d’autres, se concentrent davantage sur la politique, afin qu’ils puissent mieux coopérer pour protéger les droits des femmes et promouvoir l’égalité des sexes.

Les organisations de la société civile tentent de déterminer comment préserver la législation en vigueur en Turquie et comment aider les femmes impliquées dans des affaires judiciaires liées à cette législation. Elles organisent également des sessions de formation sur le plaidoyer, afin d’aider les participants à parler de l’égalité des sexes et de la Convention d’Istanbul dans la société turque et à sensibiliser la population à ces questions.

Élections 2023 et autres projets

Civil Pages entend axer ses futurs projets sur les élections législatives turques de 2023.

À la suite du référendum constitutionnel de 2017, la Turquie est passée à un système présidentiel. Mme Misirlioğlu explique que même si, dans ce système, le parlement devrait exercer un plus grand contrôle, dans la réalité, les partis politiques ont perdu beaucoup de pouvoir, ce qui a également eu des incidences négatives sur la société civile et l’espace civique.

« Il est essentiel que les organisations de la société civile locales et nationales se préparent à ces élections. Il n’y a pas de temps à perdre. Une société civile solide peut offrir des antidotes à la polarisation et à la montée du nationalisme », explique-t-elle.

Les élections ne sont pas le seul sujet au programme de Civil Pages pour les années à venir. L’équipe souhaite également se consacrer au développement de ses relations avec les médias et renforcer ses compétences journalistiques. Elle entend combiner ces efforts à la réalisation d’études et à la rédaction de documents d’orientation, dans lesquels elle examinera les avis de dirigeants politiques, d’acteurs de la société civile et de citoyens. Ce travail sera lui aussi réalisé dans la perspective des élections. « Il est important à présent d’essayer d’influencer les politiques et de plaider pour des conditions plus favorables à l’épanouissement de la société civile », ajoute Mme Misirlioğlu.

La viabilité de leur activité constitue désormais un enjeu important pour l’équipe. La société civile doit fonctionner avec des ressources financières limitées en Turquie, et de plus en plus d’organisations cherchent des financements à l’étranger. Civil Pages entend élaborer un modèle durable pour ses opérations.

L’équipe a notamment décidé de proposer des services de conseil à la société civile. Elle prévoit de proposer des programmes de renforcement des capacités qui permettront aux participants d’organiser leurs données et de communiquer de manière plus efficace et convaincante avec le public, mais aussi avec les décideurs politiques. Ainsi, Civil Pages et les autres acteurs de la société civile pourront renforcer leur influence et leur visibilité.

Comme bon nombre d’autres organisations de la société civile, Civil Pages dépend beaucoup du travail de ses bénévoles et elle dispose d’un conseil de direction bénévole indépendant, qui couvre tous les aspects de la société civile. Mais les fonds sont toujours insuffisants, ce qui peut compromettre la continuité des activités. Malgré ces difficultés, Mme Misirlioğlu est convaincue que les projets de Civil Pages porteront leurs fruits.

Stay in touch

Sign up for all the latest news, stories and events straight to your inbox.