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Abdelsalem Akkad et Aramram TV

8 July 2021

Une chaîne de télévision sur internet innovante en Jordanie

Aramram Web TV est considérée comme la première chaîne de télévision arabe sur internet en Jordanie. Depuis sa création en 2008, la chaîne propose des programmes innovants, en décalage avec les médias traditionnels du pays.

C’est depuis les bureaux d’Aramram TV à Amman qu’Abdelsalem Akkad raconte l’histoire de ce qui est considéré comme la première télévision arabe sur internet de Jordanie. Aujourd’hui, la chaîne compte 1,2 million d’abonnés sur Facebook et 40 000 sur Twitter.

M. Akkad, un journaliste aguerri originaire du Liban, a produit des programmes de divertissement et des documentaires de guerre pour des médias de renom en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient.

Après avoir travaillé quelque temps comme producteur au Liban, il s’est rendu pour la première fois en Jordanie au début des années 2000 dans le cadre d’une mission de correspondant de guerre en Iraq. Il explique que c’est son expérience dans un large éventail de médias qui lui a donné l’inspiration nécessaire pour créer une chaîne de télévision et qui l’a poussé à tenter ce concept en le combinant avec d’autres formes de médias.

Genèse d’une plateforme de diffusion d’un nouveau genre

M. Akkad et son partenaire, Hams Rabah, avaient constaté le désintérêt des jeunes pour les médias traditionnels. Ils ont jugé essentiel de trouver une nouvelle manière efficace d’informer cette génération.

« Nous nous sommes mis à chercher de nouvelles façons de produire du contenu », explique M. Akkad. « Nous voulions capter l’intérêt des jeunes. Ils avaient clairement l’impression que les médias traditionnels ne traitaient pas de leurs problèmes ou de leurs centres d’intérêt. »

Les deux journalistes souhaitaient également appeler l’attention sur des sujets liés à la jeunesse en Jordanie que certains pourraient considérer comme polémiques dans le contexte local, tels que l’identité, les libertés politiques, les droits des minorités et les droits sexuels. Ils voulaient produire des programmes intéressants pour la jeunesse de tout le Moyen-Orient et toute l’Afrique du Nord.

Ils ont lancé leur projet en 2008 en créant Aramram Web TV et Greyscale Films, l’entreprise qui produit le contenu pour le média en ligne. Comme l’explique M. Akkad, il était important de créer ces deux entités en parallèle, afin que les bénéfices réalisés par Greyscale puissent financer des programmes pour Aramram.

À l’époque, Aramram était considérée comme une chaîne controversée et anticonformiste à la fois en raison de son format inhabituel et de son contenu. Il n’existait à ce moment-là aucun contenu vidéo en ligne ou chaîne TV sur internet qui abordait les thématiques traitées par Aramram – les discussions sur ces sujets étaient confinées aux blogs.

M. Akkad explique que son équipe a essayé différents formats pour ses émissions, tels que des vidéos en situation réelle, des vidéos tournées en studio ainsi que de petits et grands formats.

« Nous avons commencé par diffuser un épisode sur un sujet à chaque fois différent toutes les deux semaines. Nous organisions dans la foulée un débat en ligne animé par le journaliste numérique qui avait rédigé le script. L’animateur sollicitait l’avis des spectateurs, il leur posait des questions et il leur fournissait des informations complémentaires pour relancer la conversation. La discussion en ligne qui suivait la diffusion de chaque vidéo représentait un élément important du programme », souligne-t-il.

Ce format a reçu un accueil favorable et a permis aux jeunes de participer à des débats en ligne sur des sujets qui les concernent. Certaines discussions ont généré plus d’un millier de commentaires.

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Une production variée

Aramram TV propose à présent une offre variée de programmes sur des questions politiques, économiques, sociales et culturelles.

En novembre 2020, lors des dernières élections législatives, la chaîne a produit du contenu à ce sujet, elle a relayé les résultats des sondages et elle a expliqué l’ensemble du processus électoral.

L’émission lors de laquelle le travail des députés est passé au crible, diffusée pendant cinq ans et désormais à nouveau proposée grâce au soutien du FEDEM, est l’une des plus populaires de la chaîne. Elle doit son nom, 209 King Hussein Street, à l’adresse du Parlement jordanien à Amman, la plus haute instance élue démocratiquement du pays. Cette émission est devenue immensément populaire après le printemps arabe.

« Dans 209 King Hussein Street, nous analysons et disséquons les lois du Parlement. Nous faisons également un travail d’information sur les rôles législatif et de contrôle du Parlement ainsi que sur les répercussions de son travail sur la vie de la population », explique M. Akkad.

« Après 2018, quand une immense vague de protestation a déferlé sur la Jordanie, nous avons subi des pressions des autorités et nous avons retiré l’émission de nos programmes. Par la suite, alors que nous aurions pu reprendre l’émission, nous avons traversé des années difficiles sur le plan financier et la pandémie de COVID-19 a exacerbé nos problèmes. La subvention du FEDEM nous a aidés à relancer l’émission », affirme-t-il.

Une autre émission populaire d’Aramram TV traite des politiques économiques du gouvernement en présentant ces informations souvent complexes dans un format léger et facile à comprendre.

Rigueur dans la vérification des faits et les analyses

Aux yeux de M. Akkad, bien que la « liberté d’expression » soit garantie sur papier en Jordanie, dans les faits, presque tout le monde, y compris des journalistes, pratiquent l’autocensure. Mais il certifie que ce n’est pas le cas d’Aramram TV. « Nous misons sur la rigueur dans la vérification des faits et les analyses pour nos contenus », soutient-il.

« Très peu de médias expliquent et passent correctement au crible les lois. Il y a beaucoup de travaux de recherche disponibles et nous en produisons aussi. Nous trouvons des moyens de les rendre accessibles à un large public issu de nombreux groupes de la société », explique-t-il.

Il reconnaît qu’il est parfois difficile de réaliser de telles analyses et d’accéder aux informations nécessaires. Même les recherches sur la législation sont compliquées et nécessitent un travail de fond. Au vu de toutes ces difficultés, Aramram TV plaide désormais pour la transparence législative.

« Nous nous concentrons sur les solutions, en mettant en évidence les principaux passages problématiques de diverses lois et leur incidence sur les différentes parties prenantes. Nous apportons des solutions concrètes sur la base d’études menées par des organisations de la société civile et des groupes de réflexion. De cette manière, nous aimons à penser que nous sommes estimés en tant qu’acteur crédible et respectable », ajoute M. Akkad.

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Explorer de nouveaux sujets pour les prochaines émissions

Le programme de production d’Aramram TV est chargé, avec des projets dont le budget court jusqu’à 2022. Parmi les sujets prévus figure la parentalité positive ; l’objectif de ce projet autofinancé est de donner des conseils aux parents pour l’éducation de leurs enfants.

L’équipe prévoit aussi une série sur l’éducation citoyenne pour présenter les différentes composantes d’un État-nation et le rôle des citoyens dans la sphère publique, ainsi qu’une autre série sur la cohésion sociale, qui mettra en lumière des exemples positifs d’entraide durant la crise de la COVID-19.

Elle espère aussi aborder des sujets tels que la santé mentale, la santé sexuelle et reproductive et l’incidence des décisions politiques sur les jeunes. 

À l’avenir, Aramram TV prévoit d’adopter une perspective plus régionale, une ligne éditoriale à laquelle M. Akkad pense depuis longtemps. L’équipe d’Aramram TV aspire à examiner les bonnes pratiques sur des sujets clés tels que la gouvernance, l’égalité des sexes, l’environnement, la justice sociale et économique et la place des jeunes dans le monde arabe dans son ensemble.

« Ce qui est clair pour l’avenir, c’est que nous comptons développer notre contenu et élargir notre audience. Nous continuerons de produire des émissions qui traitent des problèmes chers aux habitants du Moyen-Orient. », conclut fièrement M. Akkad.

 

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