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COMPTE-RENDU D’ÉVÉNEMENT | Le dialogue peut-il conduire à de véritables changements ? Comment les laboratoires d’idées et la société civile peuvent influencer les décideurs politiques en Afrique du Nord

19 March 2021

Le 24 février 2021, le Fonds européen pour la démocratie (FEDEM) a organisé un webinaire en ligne intitulé « Le dialogue peut-il conduire à de véritables changements ? Comment les laboratoires d’idées et la société civile peuvent influencer les décideurs politiques en Afrique du Nord » (« Can dialogue foster real change? How think tanks and civil society can influence decision-makers in North Africa »). Cet événement a rassemblé des experts de la région, qui ont débattu de la crise socioéconomique et sanitaire actuelle au Maghreb ainsi que des possibilités et des défis en matière de dialogue et de changement.

Le 24 février 2021, le Fonds européen pour la démocratie (FEDEM) a organisé un webinaire en ligne intitulé « Le dialogue peut-il conduire à de véritables changements ? Comment les laboratoires d’idées et la société civile peuvent influencer les décideurs politiques en Afrique du Nord » (« Can dialogue foster real change? How think tanks and civil society can influence decision-makers in North Africa »). Cet événement a rassemblé des experts de la région, qui ont débattu de la crise socioéconomique et sanitaire actuelle au Maghreb ainsi que des possibilités et des défis en matière de dialogue et de changement.

Ce webinaire s’inscrit dans une série d’événements organisés par le FEDEM à l’occasion du dixième anniversaire du printemps arabe.

Cet événement a été animé par Zied Boussen, chargé de recherche à l’Arab Reform Initiative à Tunis. Il a ouvert le débat par une réflexion sur la situation au Maroc, en Tunisie et en Algérie après les troubles de 2011 : les « vents de liberté » qui se sont levés avec le printemps arabe continuent de souffler, bien que les menaces qui planaient sur la justice sociale, le dialogue transparent et les libertés restent très présentes. Il y a peu de place pour le dialogue, et les habitants de ces trois pays ont le sentiment que leur situation n’a pas évolué.

L’animateur a invité les intervenants à expliquer la situation dans leurs pays respectifs, à présenter la dynamique politique actuelle et future, et à donner leur avis sur les types de dialogues dont ils ont été témoins et sur la façon dont les laboratoires d’idées et la société civile peuvent façonner et influencer la prise de décisions.

Mohammed Masbah, le président de l’Institut marocain d’analyse des politiques (MIPA), a indiqué que la situation politique s’était améliorée au Maroc juste après le printemps arabe, mais qu’on avait observé par la suite une réduction de la liberté d’expression. En outre, peu de progrès ont été réalisés dans la lutte contre la corruption et dans l’application de la réforme de la constitution. En réaction à cette situation, les Marocains sont de nouveau descendus dans la rue en 2016 et les autorités ont une fois de plus eu recours à des tactiques répressives, bien que plus ciblées qu’auparavant. La population a estimé que le seul moyen d’instaurer un dialogue avec le gouvernement était de manifester. M. Masbah a fait remarquer que, l’année dernière, l’État avait créé un comité chargé de proposer un nouveau modèle de développement pour le Maroc – un autre modèle imposé d’en haut pour recueillir l’avis de la population. Toutefois, l’éventail des sujets couverts par ce comité reste limité. M. Masbah a indiqué que la société civile marocaine était florissante depuis vingt ans, bien qu’elle exerce son influence davantage dans les sphères locales que sur la scène nationale. Les laboratoires d’idées sont généralement financés par l’État. Le petit nombre d’entre eux qui sont indépendants manquent de ressources et de pouvoir pour influer sur les décisions prises. Le MIPA cherche à influencer les politiques publiques, particulièrement pour améliorer la transparence et la confiance dans les institutions. Il a rédigé plusieurs rapports à ce sujet. M. Masbah est convaincu que les laboratoires d’idées peuvent jouer des rôles importants s’ils disposent des ressources humaines et financières adéquates. Il a souligné l’importance des réseaux, surtout entre acteurs du Maghreb, et déploré qu’ils ne soient pas suffisamment développés. Il a ajouté que cet événement du FEDEM constituait une occasion rare de comparer et de partager de bonnes pratiques et d’échanger sur des problèmes communs.

Hakim Ben Hammouda, ancien ministre tunisien de l’Économie et des Finances et co-fondateur du Global Institute for Transitions (GI4T) récemment créé, a dépeint une situation mitigée en Tunisie, avec, d’une part, des progrès et des avancées et, de l’autre, d’importants problèmes politiques et économiques. Bien que la Tunisie soit passée à un système véritablement démocratique, une exception dans la région, la population est en proie à des difficultés économiques et politiques substantielles. Le processus de mise en place d’un régime politique où règne le pluralisme et d’une démocratie robuste est toujours en cours dans le pays. Le dialogue a joué un rôle important dans la consolidation de la démocratie tunisienne, surtout en 2013, quand les acteurs de la société civile ont soutenu la transition nationale dans le cadre d’un dialogue national. Bien que les organisations n’étaient pas nombreuses à cette époque, celles qui existaient étaient solides et bien établies. Elles ont perdu en influence après la première phase de développement politique et, en raison du manque de réactivité des autorités centrales, la mise en œuvre des réformes nécessaires est bien plus lente que la société civile ne le voudrait. Les organisations de la société civile continuent de pousser et d’aspirer à la création d’une dynamique en faveur du rétablissement du dialogue national. Selon M. Ben Hammouda, une nouvelle génération de laboratoires d’idées, plus ouverts aux changements et garantissant le pluralisme, doit voir le jour. Il est essentiel de soutenir ces nouvelles organisations au Maghreb, afin de stimuler le dialogue et d’insuffler des changements.

Tin Hinane el Kadi, chargée de recherche à la Chatham House, a présenté la situation en Algérie, deux ans après le début du mouvement Hirak. Elle a fait observer que les revendications des Algériens demeuraient les mêmes et que celles du mouvement Hirak n’avaient pas encore abouti. Le pays se trouve dans une impasse politique, l’armée étant déterminée à préserver ses privilèges économiques et politiques. Les jeunes sont quant à eux décidés à provoquer des changements politiques, a-t-elle souligné. Les étudiants continuent de descendre dans les rues d’Alger et d’autres villes, malgré les limitations très sévères des libertés démocratiques. Elle a indiqué que la réforme politique était à l’arrêt dans le pays, et ce, en raison de la coalition entre l’armée, une élite au sein de l’administration et de puissants hommes d’affaires. Il n’y a aucune volonté d’entrer en dialogue et le seul sujet sur la table est l’organisation d’une élection présidentielle. Des sujets tels que l’élaboration d’une nouvelle constitution et la voie à suivre pour parvenir à un véritable changement démocratique ne sont pas à l’ordre du jour. Les organisations de la société civile et les laboratoires d’idées algériens indépendants ont toujours eu des difficultés à s’organiser en réseau, et ce vide a joué un rôle dans l’incapacité du Hirak à s’organiser et à se structurer. Toutefois, un certain nombre de laboratoires d’idées sont actifs et de nouveaux laboratoires voient le jour. Les groupes de la société civile s’organisent de plus en plus et proposent des feuilles de route et des solutions. Le régime ne prête pas attention à leurs propositions. Par exemple, aucune initiative n’a été prise pour dynamiser le secteur privé et l’industrie, ou pour mettre fin à la dépendance vis-à-vis des exportations de pétrole et de gaz. Même si les laboratoires d’idées ne pourront pas exercer une réelle influence en Algérie tant que le régime ne sera pas ouvert à la discussion, il est essentiel que ces acteurs continuent leur travail pour nouer des relations avec la société et les autorités, et collaborer avec elles.

Pour conclure, Rosamaria Gili, chef de la division Maghreb du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), a expliqué que pour les institutions de l’UE, seul le dialogue pouvait insuffler des changements durables et que ces changements devaient se fonder sur le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. L’application de droits socioéconomiques reposant sur une bonne gouvernance est tout aussi essentielle. Une nouvelle communication conjointe appelant à un partenariat renouvelé avec les pays du voisinage méridional a été adoptée il y a peu. Elle est très claire quant à la priorité qu’il convient d’accorder aux droits de l’homme, à la bonne gouvernance et au respect de l’état de droit. Les véritables acteurs du changement demeurent les laboratoires d’idées et les organisations de la société civile, qui choisiront le type de dialogue le plus efficace pour faire aboutir leurs revendications. Une nouvelle génération de laboratoires d’idées devrait émettre des propositions et s’employer à rassembler des personnes d’ethnies et d’origines différentes.

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