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Au Liban, un mois après l’explosion, les partenaires du FEDEM demandent des comptes

4 September 2020

Un mois après l’explosion dans le port de Beyrouth, la situation au Liban reste critique. Le FEDEM est régulièrement en contact avec ses partenaires au Liban et réfléchit à la meilleure manière d’apporter une aide face à l’urgence.

Le 4 août 2020, 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium négligemment stockés dans le port de Beyrouth depuis six ans ont explosé, causant la mort de 200 personnes et faisant plus de 6 000 blessés. D’après les habitants de Beyrouth, l’explosion leur a fait l’effet d'un séisme, entraînant des dégâts incommensurables dans les rues et les immeubles, en particulier dans les quartiers de Mar Mikhael, Jemayzeh, Asrhafieh, Saifi et une partie du centre-ville. Plus de 300 000 personnes ont dû quitter leur logement.

Économie en crise et volonté de voir le gouvernement rendre des comptes

Outre les dégâts matériels, l’explosion a porté un autre coup à l’économie du pays déjà enlisée dans une crise profonde. De nombreux hôpitaux locaux déjà dépassés par le nombre de patients atteints du coronavirus, sont entrés en surcapacité avec l’arrivée des personnes blessées par la déflagration, et face à l’urgence de la situation, il fut impossible de respecter les mesures de distanciation, contribuant à la hausse du nombre de cas de Covid-19.

Après l’explosion, le Parlement a voté l’état d’urgence, encore en vigueur, que de nombreuses personnes ont critiqué et jugent inutile, d’autant que cet état donne d’importants pouvoirs à l’armée qui en profite pour freiner la liberté d’expression et de rassemblement.

Dans le même temps, les citoyens sont descendus dans la rue, exigeant du gouvernement qu’il rende des comptes, l’accusant d'incompétence et d’imprudence, lui reprochant d’avoir stocker des substances chimiques dangereuses pendant six ans sans prendre les mesures de précautions nécessaires.

Le gouvernement entier démissionnait le 10 août, le Premier ministre n’assumant aucune responsabilité et rejetant la faute de cette catastrophe sur ses prédécesseurs et leur corruption.

Entretemps, l’aide humanitaire était envoyée au Liban par les pays occidentaux et arabes, sous forme d’hôpitaux provisoires, de médicaments et de nourriture. Le président français, Emmanuel Macron, a été le premier président à se rendre à Beyrouth après l’explosion, venu rencontrer le président Michel Aoun et l’invitant à former rapidement un nouveau gouvernement afin de mettre en œuvre les réformes nécessaires.

Avant ce drame, le partenaire du FEDEM, Gherbal, avait déjà tiré la sonnette d’alarme, dénonçant la corruption endémique au sein du gouvernement et préparait un rapport intitulé Access to Information in the Lebanese Administrations Part III sur les dépenses du budget national en 2018 et 2019.

Megaphone, autre partenaire du FEDEM, joue un rôle important en ce sens qu’il interpelle régulièrement le gouvernement pour ses actions qu’il lui demande de justifier. L’organisation a publié plusieurs articles sur son site Web et les réseaux sociaux pointant la responsabilité des dirigeants dans l’explosion. Sa vidéo intitulée The Silent Conspiracy (le complot silencieux) révèle comment la corruption généralisée a permis d’arriver à cette catastrophe. Megaphone a également observé et recensé les cas où l’armée à fait usage des balles de défense et de gaz lacrymogène contre les protestataires.

Recentrer ses activités pour venir en aide aux victimes : l’action des partenaires du FEDEM au Liban

Tous les partenaires du FEDEM au Liban ont été touchés par cette catastrophe, à différents degrés. Hormis quelques blessures sans gravité, les personnels sont dans l’ensemble indemnes, tandis que les locaux de deux organisations ont subi des dégâts considérables.

Joumana Haddad Centre for Freedoms a dû annuler tous ses événements programmés pour le mois d’août, et Gherbal n’a eu d’autre choix que d’interrompre provisoirement son travail sur la corruption.

Certains partenaires du FEDEM au Liban ont spontanément décidé d’apporter une aide humanitaire à ceux qui ont été gravement touchés par l’explosion, mettant momentanément leur activité habituelle de côté.

Les médias, à l'image de Daraj Media, Megaphone, The Public Source et Beirut Today, ont couvert les événements et enquêté sur la cause. En tant que médias indépendants dans un pays où la plupart des médias sont sous la coupe d’une affiliation politique, ces organisations se sont imposées comme sources incontournables pour quiconque souhaite obtenir des informations détaillées et impartiales.

Daraj Media s’est particulièrement intéressé aux récits des victimes et de leurs familles. Le média a également couvert les condamnations prononcées à l’issue du procès des auteurs de l’assassinat de M. Hariri et observé les cas de violence infligée par l’armée à l’encontre des manifestants.

Chaque jour de la semaine suivant l’explosion, The Public Source a publié une photo des conséquences de l’explosion : édifices démolis, rues jonchées de débris, objets laissés derrière elles par les victimes, heurts entre les manifestants et les forces armées.

Réfugiés syriens au Liban : victimes de discrimination jusque dans la distribution de l’aide d'urgence

Les conditions des réfugiés syriens au Liban est également critique depuis l’explosion. Le nombre de réfugiés syriens résidant au Liban est estimé à 1,5 million, la majorité vivant dans la pauvreté et subissant une discrimination constante. Cette population vulnérable voit sa situation précaire se dégrader davantage au lendemain de l’explosion. Les victimes syriennes représenteraient près d’un quart du nombre officiel de victimes libanaises, et pourtant elles ne sont pas incluses dans le décompte officiel.

Le logement de milliers de Syriens a également été gravement endommagé, en particulier dans les quartiers de Gemmayze, Mar Mikhael et Geitawi, et il y a fort à parier que la réparation de ces maisons ne sera pas une priorité, maintenant que le pays est en récession économique.

Le Lebanese Center for Human Rights (CLDH) a signalé des discriminations exercées à l’égard des réfugiés de la part des organisations et individus chargés de la distribution de l’aide après l’explosion. Partenaire du FEDEM, l’Access Center for Human Rights surveille attentivement l’impact de l’explosion sur les réfugiés syriens et coopère avec d’autres organisations de la société civile pour leur apporter de l’aide. À ce jour, aucune action gouvernementale n’a été mise en place en faveur des réfugiés syriens.

Le partenaire du FEDEM, Syria Direct, a publié un article dénonçant la discrimination faite aux Syriens au Liban au lendemain de l’explosion. Selon le média, certaines organisations demandent une preuve de citoyenneté libanaise avant de porter assistance et près de 1 Syrien sur 3 sollicitant l’aide d’intervention d’urgence a été soumis à au moins une forme de violence, un pourcentage nettement plus élevé que les Libanais.

Le travail des partenaires du FEDEM, tant dans l’aide qu’ils apportent aux groupes vulnérables, comme les réfugiés, que dans leur volonté de placer les dirigeants face à leurs responsabilités, est crucial pour aider le pays à se relever d’une telle crise. Au cours des prochains mois, le FEDEM continuera de soutenir ses partenaires, avec un accent porté aux groupes qui ne figurent généralement pas en tête des priorités dans ce type de situation, comme les médias qui, si l’on veut qu’ils poursuivent leur travail d’information, vont devoir retrouver des locaux.

Près d'un mois après l’explosion, la situation au Liban reste critique et le nouveau gouvernement n’a toujours pas été formé. Les opérations de nettoyage se poursuivent et plusieurs centaines de milliers d’habitants de Beyrouth restent privés de logement. La situation a même été rendue plus délicate après le jugement du 18 août par le Tribunal spécial des Nations unies pour le Liban qui a déclaré Salim Ayash, éminent membre du Hezbollah, coupable de tous les chefs d’accusation pour l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafiq el Harriri. Cette condamnation pourrait gêner l’obtention d’un accord politique entre les différentes factions en vue de former un nouveau gouvernement.

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