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COMPTE-RENDU D'ÉVÉNEMENT | L’Ukraine aujourd'hui : De la première année de M. Zelensky aux élections locales en passant par la Covid-19 ».

24 July 2020

Le 15 juillet 2020, le Fonds européen pour la démocratie (FEDEM) et le Bureau de liaison des groupes de réflexion ukrainiens à Bruxelles organisaient un Webinaire en ligne intitulé « L’Ukraine aujourd'hui : De la première année de M. Zelensky aux élections locales en passant par la Covid-19 ».

Intervenants et participants à l’événement ont fait le bilan des échecs et aboutissements de la première année du mandat de Volodymyr Zelensky, revenant sur les récents développements politiques, l’impact de la Covid-19 sur le développement social et économique en Ukraine, la vitesse d’exécution de la réforme judiciaire, ainsi que les prochaines élections locales prévues pour octobre 2020. Olena Carbou, Directrice exécutive, Bureau de liaison des groupes de réflexion ukrainiens à Bruxelles était la modératrice de cet événement.


Svitlana Kobzar, Responsable senior du programme du FEDEM, a souligné que la première année de présidence de M. Zelensky a connu des turbulences. Elle a évoqué un « régime turbo » dans l’adoption de lois au parlement et le limogeage du premier gouvernement, se disant préoccupée par le report de certaines réformes. Mme Kobzar a également tenu à souligner que la Covid-19 et l’interminable conflit en Ukraine participent à l’affaiblissement de la capacité du pays à résister à d’autres défis.

« La Covid-19 a davantage exacerbé la situation politique et économique ».

Oleksandr Sushko, Directeur exécutif, International Renaissance Foundation, a souligné le rôle important des groupes de réflexion en Ukraine dans le dialogue ouvert et la coopération entre le pays et l’UE. Il a attiré l’attention sur l’absence d’analyse équilibrée et structurée de la première année de présidence de M. Zelensky et sur les réalisations potentielles dans l’avenir proche, notant qu’il incombe aux groupes de réflexion de procéder à une telle analyse.

« Après une année de M. Zelensky en exercice, nous disposons de données en quantité suffisante à analyser. »

Martin H. Mühleck, Agent chargé de la politique, Commission européenne, Groupe de soutien pour l’Ukraine, est revenu sur l’année écoulée en Ukraine du point de vue de l’UE. Il a mis en avant certaines avancées dans l’agenda des réformes, notamment l’adoption de la réforme foncière et de la réglementation bancaire, affirmant que tout cela n’aurait été possible sans la mobilisation personnelle du Président Zelensky. Des avancées importantes ont également été observées dans le secteur de l’énergie. M. Mühleck a plaidé en faveur du caractère irréversible de la réforme judiciaire, insistant par ailleurs sur l’importance de poursuivre la réforme anti-corruption. Comme il l’a fait remarquer, la pandémie de Covid-19 pèse lourd sur le secteur de la santé en Ukraine et la réforme de la santé doit être menée à bien. En mars et avril, dans le cadre du train de mesures «Team Europe» («Équipe d'Europe»), l’UE a débloqué 190 millions d’euros pour venir en aide au secteur de la santé en Ukraine, ainsi qu’aux secteurs sociaux et économiques et aux groupes vulnérables.

« Sans une Ukraine résiliente, il ne peut y avoir d’Europe résiliente. »

Viktor Zamiatin, Directeur des programmes politiques et juridiques, Centre Razumkov, a présenté les grandes lignes du récent rapport du Centre intitulé « President Zelensky’s First Year: Achievements and Miscalculations » (Première année de présidence de M. Zelensky : avancées et erreurs de jugement). Il a qualifié la première année du mandat comme un mixte de réussites et d’échecs. Le nouveau gouvernement a été élu avec un soutien sans précédent de la part des Ukrainiens, lequel soutien s’est affaibli en cours d’année, comme l’on pouvait s’y attendre. Il a regretté l’absence d’approches conceptuelles, de vision stratégique des priorités politiques et de programme clair des activités, déplorant par ailleurs, la piètre communication entre les autorités et la société, le déséquilibre entre les politiques, ainsi que la mise en œuvre d’actions controversées. 
L’Ukraine reste confrontée à de nombreuses difficultés. Rien ne préfigure la fin de cet interminable conflit. Certaines initiatives récentes ont menacé la stabilité et la souveraineté du pays. Le risque d’une nouvelle agression russe contre l’Ukraine ne peut être exclu. Les relations avec l’Union européenne et l’OTAN se sont améliorées, l’Ukraine faisant désormais partie du programme de nouvelles opportunités de l’OTAN. L’Ukraine entretient des relations difficiles avec les États-Unis. Les méthodes de travail du procureur général n’ont pas changé et aucune avancée n’a été réalisée dans les affaires criminelles retentissantes. Des changements positifs ont cependant été réalisés dans la sphère de la lutte contre la corruption. Sur le plan de la politique sociale, la « fin de la pauvreté » proclamée par M. Zelensky reste une promesse vaine. Le retour déclaré des travailleurs migrants en Ukraine n’a été possible qu’en conséquence de la propagation de la Covid-19.

« Les experts et les citoyens estiment que le président et son gouvernement n’ont pas été à la hauteur de leurs engagements et ils sont sceptiques quant à leur capacité à les mener à bien dans un avenir proche. »

Iryna Shyba, Directrice exécutive, DEJURE Foundation, a rappelé que M. Zelensky avait reconnu l’existence de problèmes de corruption dans le système judiciaire et avait fait de la réforme judiciaire une priorité lors de sa campagne électorale. Il n’avait cependant aucune vision, ni stratégie claire et ce sont les ONG qui se sont attelées à la préparation d’un agenda de réforme de la justice. Cet agenda envisage la réforme de la Haute Commission de sélection et de nomination des magistrats et du Conseil supérieur de justice. La participation d’experts internationaux s’est avérée être un mécanisme efficace de sélection des magistrats de la cour spéciale anti-corruption et des dirigeants des institutions de lutte contre la corruption. Cette réforme de la justice a été approuvée par le président et son parti et certaines des idées avancées ont été portées dans la proposition de loi soumise à l’automne. Cette réforme a cependant été ultérieurement bloquée par le Conseil supérieur de justice. À ce jour, de nombreux tribunal sont sans magistrat.

« Le secteur judiciaire n’a connu aucune amélioration. »

Selon Veronika Movchan, Directrice académique, Institute for Economic Research and Policy Consulting, la situation dans le secteur économique est très nuancée. La pandémie de Covid-19 promet de toucher gravement l’Ukraine du point de vue économique, avec une baisse anticipée du PIB comprise entre 6 % et 11 % en 2020. Elle a relevé des actions positives de la part du gouvernement actuel, comme l’accord sur le transit du gaz conforme aux normes européennes, la réforme foncière et de réelles avancées dans l’harmonisation juridique de l'accord d'association, y compris la zone de libre-échange approfondi et complet. Mme Movchan a également évoqué un certain nombre de défis, notamment la réforme du service public, la révision de la réforme du secteur de la santé et de la législation relative aux marchés publics, ainsi que la remise en question de l’indépendance de la Banque nationale d’Ukraine, qui a déjà eu des répercussions négatives sur les relations de l’Ukraine avec les partenaires et créanciers internationaux.

« Une profonde récession est attendue pour 2020. »

Anton Avksentiev, Expert, Observatory of Democracy, a soulevé la question des élections locales à venir en Ukraine, déplorant l’absence d’un texte de loi, 100 jours à peine avant la tenue des élections. Selon les recommandations de la Commission de Venise, cette loi aurait dû être en place un an avant les élections. Pour M. Avksentiev, il y a fort à parier que de nombreux partis politiques participeront aux élections uniquement dans certaines régions du pays. Il s’attend également à une forte domination du parti de M. Zelensky, Serviteur du peuple, de nombreux représentants des élites locales préférant se rallier aux partis populaires plutôt que de passer les 5 prochaines années dans l’opposition. Il remarque le rôle accru des médias, des technologies numériques et des publicités ciblées dans les élections, ainsi qu’une hausse constante de la participation de bénévoles dans la distribution de nourriture et d’équipement médical à la population.

« Je ne serais pas étonné que ces élections donnent lieu à une corruption indirecte massive des électeurs. »

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