24 October 2016 10:00 to 13:00
Location Le Fonds européen pour la démocratie Avenue des Gaulois 29
1040 Bruxelles, Belgique

Mesurer la démocratie : une nouvelle approche

24 October 2016 10:00 to 13:00
Le Fonds européen pour la démocratie Avenue des Gaulois 29
1040 Bruxelles, Belgique

Le 24 octobre 2016, l'EED (European Endowment for Democracy) animait un séminaire d'experts en partenariat avec l'institut V-Dem. Ce rendez-vous a été l'occasion d'une remise à plat de postulats répandus sur le soutien de la démocratie et d'une réflexion sur la manière dont les programmes de soutien pourraient être mieux ciblés à la lumière des dernières recherches.

Varieties of Democracy est un projet central mené par l'institut V-Dem, lequel exploite la plus grande base de données du genre pour cerner la démocratie dans divers contextes et avec différents sous-composants. Les chercheurs du V-Dem ont pour ambitieux objectif de capturer des données afin d'aider les gouvernements, les agences de développement et les ONG à procéder à des estimations nationales à travers la création de programmes plus efficaces et à des évaluations en matière d'assistance à la démocratie.

Le débat était animé par Richard Youngs, chercheur associé au sein du Programme « Démocratie et État de droit » à Carnegie Europe. Dans son discours d'ouverture, M. Young a souligné que ce sont « les détails [qui] posent problème » et que l'indice du V-Dem est bien plus qu'une simple information détaillée pour des recherches approfondies sur la démocratisation.

Définir la démocratie

Staffan I. Lindberg, chercheur principal à l'Institut Varieties of Democracy, a présenté l'approche adoptée par l'institut pour la mesure de la démocratie. Le concept même de la démocratie étant fortement controversé, les chercheurs ont dû commencer par revenir aux sources des documentations et répondre à la question cruciale qu'est « Qu'est-ce que la démocratie » ? À partir de ces délibérations empiriques, le V-Dem s'est intéressé à sept modes de démocratie - participative, consensuelle, majoritaire, délibérative et égalitaire en plus des deux autres notions plus familières, la démocratie électorale et la démocratie libérale. La base de données remonte à l'année 1900 et englobe 173 pays du monde entier.

Ces sept types de démocratie ont ensuite été décomposés en 37 indices (comme le droit des femmes, l'état de droit, l'organisation d'élections libres), lesquels ont été affinés plus encore en 350 indicateurs (harcèlement des journalistes, liberté d'expression des femmes, achats de votes, etc.).

La moitié des indicateurs se base sur des évaluations, tandis que l'autre moitié, plus difficile à mesurer, est analysée par des experts locaux, desquels proviennent près de 63 % des données brutes du projet. Cette recherche se distingue des autres bases de données de par l'étendue et la profondeur des indices utilisés par le V-Dem.

Lors des discussions, Laza Kekic, l'un des principaux contributeurs à l'indice de démocratie établi par l'Economist Intelligence Unit, a présenté une analyse comparative des indices de classement de démocratie, comme l'indice Freedom House, les bases de données Polity et EUI.

Défiance à l'égard des normes démocratiques

Reprenant des études de cas concernant différents pays, M. Kekic a lancé une discussion sur l'état de la démocratie dans les pays développés. Confrontée à diverses crises et difficultés depuis quelques années, la démocratie a été rudement mise à l'épreuve et essuyé plusieurs revers en occident, notamment en Europe de l'Est et de l'Ouest, ainsi qu'en Amérique du Nord.

M. Kekic a laissé entendre que le ternissement des normes démocratiques reflète l'échec du système de partis traditionnel, creusant le fossé entre les élites et l'électorat et accentuant la méfiance à l'égard de la classe dirigeante, la montée des partis populistes et l'érosion des libertés civiles et de la liberté d'expression.

Les données au service des programmes d'aide

Présentant ses observations sur l'aspect politique du soutien à la démocratie, Anna Luehrmann, chercheuse et membre de l'institut Varieties of Democracy,, a montré l'utilisation pratique des données du V-Dem pour l'allocation et la programmation d'aide à la démocratie, et pour un ciblage et une prestation plus efficients.

L'étude montre que la majorité de l'aide internationale est allouée à des pays qui se situent au centre de l'axe démocratique, entre des régimes autocratiques et des sociétés démocratiques. Toutefois, les autocraties fermées reçoivent une forte part de l'aide générale, un montant qui s'élève à 15 % de la totalité des fonds. Le financement étant souvent acheminé directement vers les gouvernements, la question se pose de savoir si l'aide à la démocratie est réellement efficace ?
Ou sert-elle plutôt à masquer des pratiques autoritaires derrière une action internationale légitime ?

Mme Luehrmann a expliqué comment les données du V-Dem peuvent éclairer sur les contextes politiques des pays bénéficiaires de l'aide démocratique, informer sur les intérêts stratégiques des régimes et aider à mieux programmer l'aide afin d'améliorer les institutions politiques ciblées.

Comme l'a fait remarquer Jerzy Pomianowski, le directeur exécutif de l'EED, du point de vue de  l'EED, « le financement devrait bénéficier à des individus qui œuvrent et s'investissent pour contraindre les régimes à s'ouvrir à la démocratie », établissant ainsi la difficulté d'appréhender de tels résultats à partir des seules bases de données.

Combler le fossé entre la recherche et la pratique

Susan Dodsworth, de l'université d'Oxford, a souligné l'importance qu'il y a à combler le fossé entre la recherche universitaire et le travail de fond des intervenants. C'est là, selon elle, que le V-Dem prend toute sa place, en permettant aux organismes d'aide à la démocratie de voir quels types de programmes fonctionnent le mieux, et où. Cette base de données peut permettre de mieux identifier les priorités stratégiques, en particulier les plus petits donateurs peuvent cibler les pays où leur type d'aide aurait plus de chances d'avoir un impact favorable. 

Mme Dodsworth a également soulevé la question de la variété de la démocratie dans le contexte de la promotion de la démocratie, certains types de démocratie étant généralement privilégiés au détriment de toute autre variation. Avant de conclure, Mme Dodsworth a réitéré la nécessité de disposer de données exhaustives sur le soutien de la démocratie afin de rendre plus pertinentes les données sur l'état de la démocratie. C'est là, selon elle, que les intervenants et la communauté universitaire peuvent combiner leurs efforts et profiter de leur expertise mutuelle.

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